mercredi 26 février 2014

Alcool + moto = fauteuil - 2 -

Ça y est, j'ai enfin rencontré mon patient paraplégique. Lundi, en prise au déchocage avec un patient faisant des malaises sur une bradycardie irrégulière, on m'informe qu'un jeune patient paraplégique à demandé de mes nouvelles. Mince, me suis-je dit, le voilà de retour. En plus, il y avait toutes les chances pour que ce soit moi qui m'occupe de lui. Mais bon, fallait bien que ce moment arrive.
Quelques minutes plus tard, je me présente à lui. Évidemment, il ne me reconnaît pas. D'emblée, je le tutoie (finalement, l'avoir intubé, sédaté, réduit ses fractures, perfusé, transfusé et transporté rapproche, non ?). C'était comme si je retrouvais un vieux camarade perdu de vue. Je me sentais proche de lui et même, malgré ce que j'aurais cru, cela me faisait plaisir de le voir. Je me suis présenté et à l'annonce de mon prénom, j'ai senti un soulagement chez lui. Je lui ai demandé comment il s'en sortait : "bien, faut garder le moral". Puis, est ce qu'il se rappelait l'accident. "Wouhai, je me rappelle le 4x4 puis plus rien, je me suis réveillé, j'avais mal à la tête et au dos". Après une petite pause : "je comprenais pas, je sentais pas mes jambes". Et là, j'avais envie de lui parler de ce que j'avais vécu avec lui : "T'a t'on raconté ce qui s'est passé après l'accident ?"
"- Bah, on m'a dit que c'était pas beau et que tu (au début, il me vouvoyait mais je lui ai demandé rapidement de me tutoyer) avais fait tout ce que tu pouvais"
Je me suis rendu compte que je ne lui en voulais pas finalement. À le voir, paralysé à partir du thorax, ne rien sentir en dessous des mamelons, avec un bras gauche bougeant difficilement tout en gardant le moral, je le trouvais vraiment courageux et touchant. Par moment, je m'étais demandé si j'aurais du en faire autant. Je ne pouvais pas savoir ce qu'il deviendrait, mais sauver un patient qui passe tout son temps allongé valait il la peine de se battre ? La réponse est évidente, je sais : nous devons tout faire pour préserver la vie, mais parfois je m'étais demandé si c'était vraiment une "vie" que d'être dans son état. Le voir maintenant en vie malgré son bras gauche, son ventre et ses jambes flasques me confirmait que j'avais bien fait.
Je lui ai raconté ce que j'avais vécu : l'arrivée de nuit et dans le froid, la vision de ses jambes pliées en des angles impossibles, son geignement qui depuis me revient régulièrement aux oreilles, le sentiment et la peur de pouvoir le perdre à tout moment, le poids sur mes épaules de son devenir, les "ordres" que je n'arrêtait pas de dire, crier à mon infirmière, ambulancier, aux pompiers pour que tout aille vite et bien, la pose de la ceinture pelvienne, du collier cervical, la traction sur ses jambes pour les remettre dans l'axe et les tracter, l'intubation, le sentiment et la peur d'une hémorragie interne qui m'ont fait demandé du sang et un helicoptére. Tout cela est sorti tout seul et m'a fait beaucoup de bien. Je pouvais enfin lui dire directement ce que j'avais vécu et ce que j'ai ressenti par "sa" faute...
Il m'a écouté, haussant régulièrement les sourcils et ouvrant la bouche de stupeur au moment des passages les plus difficiles. Je le remercie pour cela. J'avais besoin qu'il sache que je m'étais battu pour qu'il vive et j'avais besoin aussi de me rendre compte qu'il ne m'en voulait pas de l'avoir sauver pour se retrouver dans cet état.
Ensuite, ce fut son tour de me raconter son périple : la réanimation, la compréhension qu'il ne remarcherait plus jamais, les 6 mois de rééducation dans un centre, le retour à la maison et puis toutes les complications et opérations qui l'amenait jusqu'à moi aujourd'hui.

Belle leçon de courage...

vendredi 21 février 2014

Brugada et moi, et moi, et moi...

Hier, petit rapatriement tranquille pour Paris.

Une famille parisienne ayant réservé une semaine complète dans une station de ski (logement, forfait, location de skis) a été obligé de s'arrêter durant leur trajet suite à la survenue d'un malaise de type vagal chez le père âgé de 42 ans.
C'était pas son premier, mais celui-là était plus intense. Sans palpitation, sans douleur thoracique, ni perte de connaissance. Il s'est présenté aux urgences du centre hospitalier le plus proche. Et là, surprise : suspicion de syndrome de Brugada sur son ECG. Ce dernier fut confirmé par un test à l'Ajmaline.

Cette maladie génétique peut entraîner syncope et mort subite. Ceux qui en sont porteurs et qui ont déjà fait une syncope se retrouvent équipés d'un défibrillateur implantable à vie, qui entrainera un choc électrique en cas de troubles du rythme.
Or, ce patient n'a jamais fait de syncope. Si cela se trouve, son "Brugada" n'a jamais fait parler de lui. Et de là, le problème : faut-il équiper le patient d'un défibrillateur juste au cas où le "Brugada" fasse parler de lui ou le laisser tranquille mais avec l'angoisse permanente qu'il peut mourir dès que le "Brugada" se manifestera ? L'équiper résoudrait le problème, mais ce n'est pas rien que de vivre avec un défibrillateur avec le risque qu'il se déclenche de façon inapproprié sans parler des contraintes de surveillance. Et puis, pourquoi en mettre un si ce n'est pas vraiment nécessaire ?

Bref, je l'ai transféré scopé en permanence et accompagné de son épouse. Alors que pendant 42 ans, il avait vécu sans savoir ce qu'il avait, maintenant que le diagnostic avait été fait, personne ne voulait le laisser sans surveillance. A un moment, il a désiré boire un café ce qui a entrainé un commentaire de sa femme : "Ce n'est peut-être pas raisonnable avec ce que tu as ?". Un café, rien qu'un café... Je me suis dit : ce type est fichu, maintenant, dès qu'il aura 5 minutes de retard à un rendez-vous, dès qu'il passera trop de temps aux toilettes, dès qu'il s'énervera, son entourage aura peur qu'il fasse une syncope... Il ne pourra rien faire sans que ses proches ne commentent ses décisions. Finalement, cela est peut-être pire que d'avoir un défibrillateur, quoiqu'il ne sera surement pas tranquille pour autant.

Sacré dilemme...

mercredi 19 février 2014

Personne n'est devin

Beaucoup de patient me demande après les avoir examiné : "C'est grave ?". Cette question me fait sourire : "C'est à dire ? C'est quoi pour vous, grave ?". Sur le coup, ils ne savent pas quoi répondre, n'osent pas dire ce qui les tracassent vraiment : "Est ce que je risque de mourir ?". C'est cette angoisse qui les tenaille et ils ont besoin d'être rassurés. Dans la très grande majorité des cas, il n'y a rien mais alors absolument rien de grave, c'est à dire qu'ils ne sont pas prêt de mourir. En fait, "grave" n'a pas la même signification pour moi, je fais le distinguo entre ce qui est bénin, aiguë, chronique, grave ou potentiellement létal.
Hélas, cette nuit, j'ai du dire à 3 adolescents dont le plus âgé a 18 ans que leur mère avait quelque chose de grave mais quelque chose de vraiment grave. Cette fois-ci, je ne leur ai pas demandé ce qu'ils entendaient par "grave", car je ne voulais pas être obligé de répondre que oui, leur mère risquait bel et bien de mourir.
Au cours de cette nuit difficile, le Samu nous déclenche vers 3h30 à peine rentrés d'intervention pour une dame de 44 ans inconsciente. Arrivés au domicile, on découvre une dame aréactive en anisocorie (1 pupille en myosis et l'autre en mydriase). Comme elle est en PLS, j'en profite pour ausculter ces poumons et constate alors qu'elle est en arrêt respiratoire avec un pouls palpable. On est arrivé juste avant qu'elle ne se mette en ACR. Rapidement, on la place sur le dos, l'infirmière la perfuse, je l'intube et la place sous respirateur. Aucune réaction de sa part... Un tel état ne laisse que peu de doute sur l'origine de son coma : une hémorragie méningée massive avec engagement. Faut aller très vite pour l'amener dans un centre de neuro-chirurgie, même si la partie semble déjà perdue.
Je laisse les pompiers la coquiller et me dirige vers les personnes habitant avec la patiente : 3 adolescents dont le plus agé n'a que 18 ans. Leur mère est divorcée. Elle s'est plainte la veille en début de soirée de maux de tête importants puis vers minuit a présenté une difficulté à parler. Les enfants ont alors cru que leur mère était juste très fatiguée jusqu'à qu'elle ne réagisse plus vers 3h du matin. Je leur explique que je crains une hémorragie intra-cranienne, qu'on fait le maximum pour elle et qu'il nous faut aller très vite. Et là, tombe la question redoutée : "C'est pas grave au moins ?". Ben, si, elle va surement mourir... Je ne leur ai dit pas. Trop tôt, trop jeunes, et ce n'est pas à moi de leur dire. C'était dur de les voir réaliser progressivement ce que je n'osais pas leur dire, je voyais dans leurs yeux la peur de perdre leur maman. Les 2 plus jeunes se sont mis à pleurer, l'aîné assurant son rôle. Je suis descendu m'occuper de leur mère, leur père devant arriver.
Arrivés au déchocage et après quelques examens, le réanimateur n'a fait que confirmer ce que l'on craignait : on ne pourrait pas la sauver. "Au mieux", on pourrait prélever ses organes...
Je ne peux pas m'empêcher de repenser après coup aux enfants. Ils font probablement s'en vouloir toute leur vie de n'avoir pas appeler plus tôt les secours. Trois ou quatre plus tôt, on pouvait la sauver, mais ils sont jeunes. Comment auraient-ils pu savoir que leur mère était dans un état grave et ce qui allait se passer. Ils n'ont pas à se sentir coupable, ils ne savaient pas. Hélas, j'ai peur qu'ils aient le sentiment d'avoir tué leur mère...

jeudi 13 février 2014

Jamais 2 sans 3

La semaine dernière, j'ai pu encore une fois visité et voir le bouddha couché de Bangkok. Trois fois en un an, moi qui ne suis toujours pas monté en haut de la Tour Eiffel... Pourquoi revoir le bouddha couché ? Bah... A chaque fois, je fais équipe avec un ou une infirmière différent et je me sens obligé de faire le guide : bouddha couché, palais royal, maison de Jim Thomson et pourtant il y a beaucoup d'autres sites à visiter, mais bon c'est facile d'accès et incontournable lorsque l'on n'a qu'un ou 2 jours de disponible.

Comme pour ma première visite, nous avons rapatrié une femme victime d'un accident de la route : en moto sans casque, elle a perdu le contrôle de son véhicule en passant dans un trou et a tapé violemment l'arrière de sa tête sur le sol. Et la voilà maintenant, incapable de parler, de répondre aux ordres simples avec juste des mouvements oculaires et de flexion des membres supérieurs. Ce n'est pas bon signe.
Nous avons été accueilli par le correspondant local, français habitant en Thaïlande depuis 40 ans et parlant thaï parfaitement. Il nous a longuement parlé de son travail.
Il avait le sentiment que les français blessés ou malades en Thaïlande s'attendaient à ce que tous les frais soient pris en charge, comme en France. Très souvent, ces derniers lui tendent leur carte vitale et ne comprennent qu'elle ne soit pas reconnu en Thaïlande et qu'ils doivent avancer les frais.
Et là, tout dépend de leurs assurances. Notamment celle de leur carte bleue. Le correspondant local nous précisait que la plupart de nos concitoyens avaient une carte basique, ne prenant en charge que pour 11 000 dollars de frais médicaux. Quand on sait qu'une journée de réanimation peut couter jusqu'à 4 000 euros, il ne faut pas avoir de problème grave pour ne pas avoir à débourser le moindre sou.
Notre patiente avait été blessée mi janvier et cela faisait 3 semaines qu'elle était hospitalisé en réanimation. Sa famille avait fait des demandes de prise en charge à toutes leurs différentes assurances : maison, voiture, mutuelle, carte bleue pour réunir seulement un tiers de la somme nécessaire...
Elle avait été opérée d'une hémorragie intra-cranienne, trachétomisée et respirait à l'aide d'une respirateur. Nous étions partis avec 2 valises remplis de matériel pour pouvoir faire face à toutes les situations. Nous avions pas loin de 13 heures d'avion pour le retour et on ne désirait pas demander au pilote d'atterrir parce qu'ils nous manquaient quoi que ce soit. D'ailleurs, le pilote est venu me voir lors du vol en me précisant qu'il serait difficile de se poser vu qu'on était au dessus de la Sibérie.
Régulièrement, on mobilisait et massait la patiente pour éviter que ne se forment des escarres, on l'aspirait, on surveillait tension artérielle, saturation, niveau restant d'oxygène et réglage du respirateur.
Nous avons fait au total environ 4 heures d'ambulance et 13 d'avion.

C'était la première fois que je faisais un vol aussi long avec un malade aussi "lourd". Heureusement, tout s'est bien passé...

mardi 11 février 2014

Alcool + Moto = Fauteuil

La semaine dernière, lors de mes 24 heures de garde, par 2 fois, une infirmière puis une aide-soignante sont venus me voir pour me dire qu'un patient à demander à me voir en m'appelant par mon prénom. J'ai demandé à en savoir plus : "Un jeune paraplégique que t'as fait en smur". Pas besoin de savoir son nom ni de m'en dire plus, cette intervention-là fait partie de celles que l'on n'oublie pas. Un jeune déjà venu aux urgences pour des accidents de la route en état d'ébriété avait percuté un 4x4 avec sa mobylette en état d'ivresse.
A notre arrivée de nuit sur une route de montagne par 0° degré, le jeune était sur le côté au fond d'un fossé. Les jambes enroulés sur elles-mêmes ne laissaient aucun doute sur la violence du traumatisme. D'autant qu'il ne répondait pas aux ordres simples. Il a fallu qu'on fasse vite pour immobiliser ces fractures par ceinture pelvienne, traction fémorale, collier cervical, pour sédater, intuber, coquiller. Pendant le transfert vers la DZ pour une évacuation en hélico, on avait du mal à stabiliser la tension artérielle malgré le remplissage. Il a fallu faire acheminer du sang vers la DZ pour transfuser le patient.
Le bilan a mis en évidence des fractures fémorales bilatérales, une fracture du bassin, une lésion médullaire et une du plexus brachial (je ne sais plus quel côté) en plus d'un traumatisme crânien. Ainsi, le jeune se retrouvait sur un fauteuil roulant avec un seul bras valide...

Bizarrement, je n'avais pas envie d'aller le voir. Lui voulait absolument me montrer les progrès qu'il avait réalisé. Pourtant, nous ne nous sommes jamais parlé, ni jamais vu après son accident. Je sais que parmi les pompiers présents sur le site, certains le connaissaient. Peut être a t'il appris par leur intermédiaire ce qui s'était passé et à quel point, on s'était "battu" pour lui.

Si j'étais allé le voir, qu'aurais je pu lui dire ? Bravo, c'est super, tu bouges des 2 mains. Génial... Mais tu resteras toujours dans un fauteuil. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser que si il n'avait pas bu, il n'aurait surement pas eu cet accident. Il ne serait pas en fauteuil roulant avec toutes les complications et les risques que cela entraîne. Alors, oui, bravo, t'as joué, tu t'es amusé mais t'as perdu. Quelque part, je lui en voulais presque. Je trouvais trop con, trop bête ce qui lui était arrivé : une vie entière foutue à cause de cela. J'étais content qu'il soit en vie et que nos efforts aient payé, mais tout cela n'aurait pas été nécessaire si il n'avait pris sa moto de nuit en état d'ébriété. Je suis dur : il a réussi surement à passer à autre chose et je devrais m'en féliciter et l'encourager, mais sur le coup, j'ai préféré de ne pas y aller.

Promis, la prochaine fois, j'y vais...

jeudi 30 janvier 2014

Les affaires reprennent

Ça y est, les affaires reprennent. Je veux dire : enfin un rapatriement. Après plus d'un mois sans en faire un, je repars sur la route pour ramener une jeune en poussée de maladie de Crohn lors de sa classe de neige à Paris. Et là encore, retour à la dure réalité des choses. J'arrive avec un peu d'avance pour préparer le matériel puis me rends au garage des ambulances à l'heure prévu. Les ambulanciers viennent à peine d'arriver. Et il leur faut faire les niveaux. Soit... Je jette un œil à l'ambulance : très sale dehors... J'ouvre difficilement la porte arrière et constate le même état à l'intérieur... Sans compter le siège passager déchiré et les montants cuir du brancard ne tenant qu'à l'aide de sparadrap (à croire qu'il n'a pas été inventé pour les pansements)... Pas le choix, va falloir faire avec. L'autre ambulance que l'on me propose est plus bruyante et lente. J'attends... En fait, les ambulanciers ne savent pas ouvrir le capot moteur : les "niveaux" ne doivent pas être fait souvent... Ils consultent la notice, appellent des collègues à la rescousse...
Bon, une fois sur l'autoroute et après avoir atteint les 110 km/h : ça claquette, ça tambourine, ça tremble : à croire que l'on va franchir le mur du son. En plus, je n'arrive pas à mettre le chauffage. En le signalant aux ambulancières, elles me répondent : "elle sort de la révision". Est ce rassurant pour autant ?
Au bout de 45 minutes et de multiples manipulations sur les commandes, enfin du chauffage. Je sais que le froid conserve et que je ne fais pas mon âge, mais c'est tout de même pas une raison.

Après avoir pris en charge la patiente, nous roulons. Avec la nécessité de s'arrêter reguliement pour que les ambulancières puissent fumer leurs cigarettes. Sans compter l'achat impromptu de lave-glace... Quand je pense qu'on a passé 30 minutes à faire les "niveaux" ce matin...
Leur comportement m'exaspére : elles transporteraient du bétail que ce serait pareil : aucune attention ni intérêt à l'égard de la patiente, aucun souci de s'assurer que tout va bien, aucun geste pour arranger le brancard, les draps ou la couverture. Elles restent fixer sur leurs cigarettes, téléphones ou tablettes.
Une fois la patiente déposée, je n'ai qu'une envie : partir prendre mon train. Elles me signalent que si je prends le train à l'horaire prévue, j'arriverai en même temps qu'elles. Je préfère ne rien dire. Trois heures dans un train n'ont rien à voir avec 6 heures dans une ambulance avec bruits, pause cigarette et arrêt réparation éventuelle...

Bref, les affaires reprennent...

dimanche 22 décembre 2013

Les 2 font la paire

Cette nuit : faut croire que tout allait par paire.
Les VSAV arrivaient par 2 : AVP VL/VL ayant entrainé 2 victimes : tranquille.
Puis arrivés d'un beau-père et de son gendre qui après avoir bu ensemble toute la soirée se "sont foutus sur la gueule". Fallait les entendre dans le même box d'examen comme larrons en foire : ils n'arrêtaient pas de rire. Le jeune avait été obligé par sa femme de prendre une douche, avait glissé dedans et s'était raccroché au rideau de douche qu'il avait détruit avec la fixation.
Plus tard, des parents nous amènent leurs 2 enfants fiévreux depuis une semaine : cela aurait été dommage d'attendre le lendemain...
Puis, un patient a été amené avec son épouse qui a tenté de le poignarder pendant son sommeil car il avait désiré se séparer d'elle la veille. Drôle d'ambiance : le mari avec des plaies multiples, profondes au niveau du cou, des épaules et des bras et dans un autre box sa femme qui ne désire plus parler et simule  un état... de sommeil somme tout bien relatif (quelques stimulations permettant de la sortir de sa stupeur).
Après, 2 hommes avaient eu la bonne idée de se battre en état d'ébriété. Chacun revendiquant l'honneur d'en "avoir foutu plein la gueule à l'autre". Quand on faisait remarquer à l'un qu'il était pas très beau à voir, il nous disait tout de suite : "l'autre est pire". Hélas, je n'ai pas commencé par le plus simple : le premier que j'examine est calme avec une figure ressemblant à un boxer après match : bouffi, des hématomes ne me permettant pas de distinguer la couleur de ses yeux ni à quoi il devait bien ressembler avant. Essayer de sentir une éventuelle déformation osseuse est peine perdue. Pendant que je m'occupais de lui, des collègues para-médicaux viennent régulièrement me dire que l'adversaire de mon patient n'arrête pas de déambuler, de crier et veut partir alors qu'il a des plaies au visage à suturer.
A presque 23 heures de travail et malgré mes 2 heures de sommeil, je décide d'affronter cet énergumène, ivre, violent et énervé. Est ce le respect du à ma fonction ? Car c'est sur que ce n'est pas les 20 cm que j'avais en moins en hauteur, en largeur et en circonférence de biceps et de quadriceps qui lui faisaient peur. Malgré le "T'es qui toi ?" et le "Tu sais pas qui j'sui", il a accepté que je l'examine. Bien sur, les plaies devaient être désinfectées, parées et suturées. Cela aurait trop simple sinon.
Il s'allonge et me montre un tatouage représentant des idéogrammes sur sa jambe droite : "tu sais ce que c'est ça ?". Malgré mon envie d'en savoir plus, il me répond "No comment". Puis, me montrant un autre tatouage sur son avant-bras gauche : "Hell's Angels, tu connais ?". "C'est quoi au juste ?". "No comment". Décidément, que de mystère...
Pour plaisanter, je lui demande si il a un surnom au sein de son groupe les "Hell's Angels" genre "Gasoil", "Bitume", "Mazout" (pas très original, je sais mais je trouvais ça drôle). "Tu veux que j't'fasse un mazout", me dit-il avec un sourire en coin. "Euh... j'préfére pas savoir". "No comment". C'est peut-être ça son surnom. En tout cas, ça lui irait bien.
Après avoir fini mon travail de couture, il se rhabille, va aux toilettes d'où on peut entendre comme des coups dans le mur. On se retrouve à plusieurs derrière la porte lui demandant en plaisantant de ne pas tout casser. Vivement qu'il s'en aille... Je lui donne par la suite ces ordonnances qu'il me rend froissées, déchirées, en morceaux. Décidément, un homme bien sympathique.
Une fois parti, je constate que plusieurs patients sont arrivés pendant mes soins et que cela ne sert plus à rien que je m'en occupe : la relève va bientôt arriver. Ouf...
Bon, faut que je me mette à la musculation...

mercredi 11 décembre 2013

C'est fait...

C'est fait, ça y est. J'ai enfin pu ramener ma patiente à Besançon...
Petit retour en arrière : jeudi, on m'appelle pour une mission vendredi : transporter une patiente polytraumatisé suite à un accident de Lausanne à Besançon. Mais, peut-être pas... Car la place à Besançon n'est pas sur : évidemment, en soins intensifs, ils ne peuvent pas réserver de lit pour 24h.
Et effectivement, le lendemain matin, peu de temps avant de partir pour la base, je reçois un SMS qui m'annonce l'annulation de la mission. Tant pis.
Lundi, je médicalise tranquille la coupe du monde de biathlon. Enfin, ce jour est celui de l'arrivée des équipes et de leur entrainement. Aussi, peu de monde et surtout pas de public. On se balade tranquille, on découvre les structures. C'est calme. On m'appelle alors pour une mission mardi : transporter une patiente victime d'un accident de Lausanne à Besançon. Bien sur, maintenant que je connais le dossier.
Donc, mardi, départ en ambulance pour Lausanne. Problème : mon ordre de mission ne me donne pas d'indication sur le service d'accueil. Appel à l'assistance... Et là, je me rend compte qu'ils n'ont pas la confirmation de la place. Et un appel à l'hôpital de Besançon confirme que personne n'attend la patiente... Mission annulée. Au moins, cette fois-ci, j'ai pris la route. On progresse...
Un peu plus tard, dans l'après-midi, nouvel appel pour une nouvelle mission : une dame polytraumatisée suite à un accident qu'il faut transporter de Lausanne à Besançon. Bien sur, je connais le dossier par coeur...
Ce matin, j'ai quand même par précaution appelé l'assistance et le service d'accueil. Pas de problème, cette fois-ci et j'ai ainsi pu rencontrer cette patiente de 35 ans qui au volant de sa voiture avec son mari et sa fille de 3 mois a percuté un véhicule roulant à contre-sens. Le conducteur d'en face était en état d'ébriété. Heureusement, il n'a tué personne et le bébé n'a subi aucune blessure. Sa mère par contre a eu une fracture du fémur et une perforation digestive qui lui a laissé après plusieurs interventions une colostomie. Elle se retrouve ainsi avec plusieurs cicatrices à l'abdomen et une poche qu'elle n'a pas osé toucher avant 3 semaines. Et il lui faudra subir de nouvelles opérations pour rétablir la continuité et une auto-greffe musculaire. Elle n'a pas vu sa fille depuis plus d'un mois, ne pourra pas travailler avant plusieurs mois. Son mari a eu plusieurs fractures aux membres inférieurs et au rachis. Il ne pourra pas marcher avant quelques mois et doit porter un corset. Tout ça à cause d'un homme ayant pris le volant en état d'ébriété.

mercredi 4 décembre 2013

Pourquoi tant de haine ?

Les rapatriements peuvent se suivre mais ne se ressemblent pas.

Il y a 2 jours : avion sanitaire. Direction : Dublin pour un jeune homme ayant eu 2 pneumothorax et ayant été opéré. Ainsi, peu de risque qu'il se passe quelque chose en vol. Mais bon, sait-on jamais... Aussi, nous sommes 2 : un médecin et un infirmier pour une jeune homme qui marche et ne se plaint de rien. Aussi, retour tranquille à discuter avec lui et son père.

Et le lendemain : mission en ambulance pour ramener un homme âgé ayant chuté dans des escaliers en été d'ébriété ce qui a entrainé une contusion cérébrale en plus de ses multiples fractures. Depuis, il est désorienté, par moment agité et agressif. Et là, pas d'infirmier. Juste moi pour le ramener. Soit, pourquoi pas ?
Arrivée dans le service à 7h15 : rien n'est prêt : ni le dossier, ni le patient qui n'a eu ni son traitement du matin ni de prise de constantes, et n'a même pas été changé. Pas de problème, c'est courant. Avec les ambulanciers, j'aide l'infirmière. Le médecin de garde est appelé par ses collègues pour des transmissions orales. Ces dernières demandent : "Faut vraiment qu'elle vienne ?". Sympa, non seulement, je n'ai pas de compte-rendu médical mais en plus le médecin ne désire pas bouger ses fesses pour me faire des transmissions... Et ce n'est pas un médecin de garde ne connaissant pas forcément le patient mais un des médecins du service !!

Le problème fut quand nous avons à peine sorti le patient de sa chambre. Ne comprenant pas ce qui lui arrivait et se croyant dans son bureau de travail, il se met à s'agiter et commence à descendre du brancard. On le raisonne, le rassure, essaie de rentrer dans son délire en lui expliquant que c'est pour son travail. Rien n'y fait. Je demande alors à l'infirmère de lui donner ce que les médecins du service ont prévu en cas d'agitation : 100 mg d'Atarax per os et d'appeler le médecin pour compléter éventuellement la sédation.
Au bout de 20 minutes, le fameux médecin de garde arrive : l'air sévère, entre 50 et 60 ans, les cheveux en arrière reliés en natte, de grosses lunettes à monture large sur le nez : on aurait dit une mère supérieure. Sans me parler, elle imprime le dossier médical et me le tend : peut-être est-elle muette et que c'est sa façon de communiquer ? En tout cas, pour elle, il n'y a aucun problème à transporter un patient agité en ambulance pendant 5 heures avec juste une personne comme accompagnant. Elle décide tout de même de lui administrer une ampoule de Loxapac en intra-musculaire. Alors que le patient est sous anti-coagulant et que par habitude, je commence en général par 2 voire 3 ampoules. Donc, je mets peu d'espoir dans ce traitement.

Au bout d'une heure et demie sur place, je décide de ne pas le rapatrier : le patient s'agite et essaye de descendre du brancard dés lors que l'on se trouve à plus de 2 mètres de sa chambre.
Mais après l'avoir remis dans son lit et en avoir parler à l'infirmière, voilà qu'arrive en furie le chef de service accompagné de ses "sbires", surement ses assistants ou internes. Il m'agresse verbalement : "Si vous ne transportez pas ce malade, je vais m'occuper de votre cas auprès de l'assistance !!", "Vous allez entendre parler de moi !!", "Si vous ne pouvez pas transporter ce malade, je me demande ce que vous pouvez transporter !!", "Mettez ce patient sur le brancard et emmener le à Paris !!", "On va le 
sédater et il va dormir !!". Comme si je mettais de la mauvaise volonté, comme si aujourd'hui, j'avais décidé de ne pas travailler, comme si c'était la première fois que je rapatriais une personne et que je ne savais pas comment faire...
Je l'ai laissé parler puis calmement me suis expliqué. Il a décidé de renforcer encore la sédation par du Nozinan et du Tranxéne 50 mg en IM. Bientôt, ce n'est pas un patient agité que je vais ramener mais un coma à intuber...

Devant tant d'agressivité, j'ai préféré ne pas faire front me disant que cela allait prendre beaucoup plus de temps et ai accepté de faire un dernier essai. Parfois, il faut savoir ranger son poing dans sa poche : répondre à la colère par de la colère n'arrange rien. Nous avons alors recommencer notre manège : patient sur le brancard et tentative de sortie du service. Le chef de service a alors pu constater de lui-même que le patient s'agitait. J'ai pu malgré tout le calmer et le mettre dans l'ambulance.

Comme prévu, le transfert fut difficile avec un patient absolument pas calme, n'arrêtant pas de bouger et désirant par moment se lever. Régulièrement, je le remontais sur le brancard, remettant ses jambes dessus en lui parlant calmement. Je n'ai rien rajouter aux multiples psychotropes qu'il avait déjà reçu et surtout n'ai pas fait son injection d'anti-coagulant... Le transfert fut long, très long...

mercredi 27 novembre 2013

AVP du matin. Chagrin...

J'ai pour habitude d'arriver en avance quand je suis de smur, car je connais trop le désespoir qui envahit le médecin finissant ces 24 heures lorsque retentit le bip pour une intervention à quelques minutes avant l'arrivée de la relève. Et alors que je bois tranquillement mon café, j'entends le bip et la voix du médecin de nuit râlant et peinant à avancer dans le couloir. Mais quel sourire à ma vue et ce soulagement...
Bref, c'est parti : AVP du matin. Chagrin...
Un jeune qui doublait en pleine heure de pointe s'est pris une autre voiture de face. Les voitures sont méconnaissables, en travers de la route. On ne sait pas d'où elles venaient. Je commence par aller voir le jeune entouré de nombreux pompiers et infirmier pompier. A priori, il doit être le plus grave. Je fais le tour de la voiture, le conducteur est entouré de couverture. Je ne vois pas immédiatement son visage. Pendant une seconde, je me demande si il n'est pas déjà trop tard. Je demande à l'examiner : conscient (ouf...), mais pâle, très pâle. Déjà perfusé. Tension ? 10/8. Pincé. Pouls ? 47. Bradycarde. Saturation ? Pas de saturation. Mauvais, tout ça. Très mauvais. Remplissage. Morphine. Je l'examine. D'emblée, je remarque la fracture ouverte du fémur gauche. Incarcéré au niveau des jambes. Il sent ses jambes, bougent ses pieds : pas de trouble neurologique. Tentative de palpation thoracique et abdominale : douleur thoracique droite et abdominale. J'écoute les poumons : diminution du murmure vésiculaire à droite : hémothorax ? contusion pulmonaire ? J'écoute le coeur : ouf, cela me rassure, il bat à environ 80/min. Il n'est pas bradycarde. C'est déjà ça de gagné.
Je vais examiner l'autre victime : une femme qui devait ouvrir son restaurant pour la première fois ce jour. Son mari me lance des éclairs et me laisse à peine la place pour l'examiner. Mon examen ne décèle rien de grave. Je vois toujours le mari taper du pied dans les débris et vider la voiture de sa femme. Je passe un pré-bilan au Samu : 1 blessé grave thorax-abdomen-fémur et 1 blessé léger.
Je me rapproche du jeune homme et mon ambulancier me fait remarquer une boite de médicament retrouvée à côté du véhicule : méthadone. Ok, j'enregistre.
Le jeune est toujours conscient, toujours pâle. J'hésite à demander du sang, mais la tension est stable et l'hémocue à 12. Les pompiers travaillent à couper les montants de la voiture pour enlever le toit : ils n'arrêtent pas, sont environ 5 à tourner autour avec leurs pinces, à mettre des câles. Et moi et mon équipe, on tourne comme des avions, frustré de ne pas pouvoir faire plus et inquiet. Si le gamin désamorce et se met en arrêt, c'est fichu, on ne pourrait rien faire. Essayer de faire une réanimation sur un patient traumatisé, assis et incarcéré : aucune chance...
Au bout d'une demi-heure, on commence à en voir le bout. Le break est devenu une décapotable. Plus qu'à repousser le moteur pour dégager les jambes. On recule et on abaisse son siège au maximum. on glisse le plan dur. On est environ 8 pour tenir le plan dur et soulever le patient. Je tiens le fémur fracturée et la jambe gauche. Au moment de le sortir complètement, ses pieds sont coincés sous les pédales. Petit temps pour les dégager. Puis, transfert vite vers le VSAV pour mettre au chaud le patient.
On coupe tout. Je l'examine plus attentivement, effectue un bloc fémoral, met le membre inférieur en traction avec l'aide des pompiers. Le bilan confirme ce que l'on craignait : tension pincée, tachycarde à 100/min, hypoxie avec saturation à 90% en air ambiant, hémocue à 10. Bon, faut rouler. Cela va bientôt faire une heure qu'on est sur place.
Et là, le patient nous dit : "Les clefs de ma voiture sont dans la poche de mon jean. Faut la fermer, j'ai mes outils dedans." On se regarde puis l'infirmier pompier lui répond : "Comment te dire ? Ta voiture ressemble plus à un coupé décapotable maintenant...". On rigole, cela fait du bien.

Question morphine : évidemment, pour réussir à être efficace, on est obligé d'administrer de fortes doses.
Le bilan réalisé à l'hôpital confirme ce que l'on supposait en pré-hospitalier : hémo-thorax et fracture de côtes droits, fracture hépatique et splénique sans blush au scanner, fracture de l'avant-bras gauche et fémorale gauche.
On appelle les chirurgiens viscéral et orthopédique. Le réanimateur déjà prévenu et sur place pose une voie veineuse centrale et un cathéter artériel. J'effectue un drainage thoracique ce qui permet de faire une auto-transfusion d'un litre. Puis passage au bloc opératoire pour réparer ces lésions...

Et voilà, une matinée de passer et la satisfaction d'avoir fait du bon boulot.