lundi 30 juin 2014

Les affaires reprennent

Ce week-end, des stations de montagne avaient regroupé leurs parcours vtt pour en créer un immense. Beaucoup de moyens de secours était mobilisé : des secouristes, des pompiers équipés de motos, quad et de véhicule de secours ainsi qu'un hélicoptère médicalisé. Pour la première fois, les organisateurs avaient décidé après une mésaventure l'année dernière d'embaucher un médecin qui s'occuperait de réguler conjointement avec le COS les différents secours et leurs destinations que ce soient le domicile, les cabinets médicaux ou les centres hospitaliers de secteur.

Pour ces 3 jours, le PC sécurité était situé dans un centre de pompier de l'une des stations. Et me voici, arrivant vendredi tôt le matin pour découvrir les lieux et ces habitants. Je fus alors reçu par le chef du centre : 1m80 de haut et quasiment autant de circonférence. Souriant, accueillant, agréable. Les autres pompiers étaient bâtis selon le même modèle : grand et plutôt portés sur l'embonpoint. Hélas, les quelques femmes pompiers présentes avaient le même gabarit en moins prononcé.
Le premier matin, j'avais beaucoup à faire : comprendre le parcours, connaître les différents moyens et leurs localisations, prendre contact avec le médecin de l'hélico et les médecins locaux.
Peu de temps après, j'ai compris le secret de "leurs formes" : à 9h, ils se mirent tous autour de la table et se mirent à sortir du frigo rillettes, jambon, fromage et vin rouge ou rosé au choix... J'étais impressionné par leur "endurance", car fallait voir le repas du midi : un jour brochettes, le lendemain côtes de boeuf grillées, avec toujours vin rouge ou rosé. Le soir, ils sortaient alors les bouteilles de Crémant et au cas où cela n'était pas à mon gout, je pouvais prendre de la bière ou continuer au rouge. Bref, j'avais mis le pied chez des bons vivants. Le premier soir, après plusieurs verres de crémant (je n'arrivais jamais à finir mon verre. On me le remplissait dès qu'il était à moitié vide), je découvris mon hôtel qui avait comme pensionnaires ce soir-là des alsaciens qui tournaient eux à la vodka gingembre, que je fus invité à boire. Puis, repas avec apéritif, vin, et génépi pour finir. Si j'avais su, je me serais entrainé avant, car 3 jours à ce rythme, mon foie ne tiendrait pas.

Question secours, après plusieurs années de régulation, c'était facile d'organiser les moyens à envoyer. Les cyclistes se faisaient principalement des traumatismes du poignet ou de l'épaule. Hormis le second jour, pendant laquelle plusieurs se firent des traumatismes crâniens dont un sévère qui nécessita un transfert sur un centre de neuro-chrirugie et mobilisa l'hélicoptère pendant quelques heures. Le troizième, ce fut encore plus facile. A cause du mauvais temps, plusieurs remontées mécaniques furent fermées et peu de cyclistes prirent le départ. J'avais du mal à imaginer le plaisir qu'ils pouvaient prendre sous la pluie et dans le brouillard sur des routes détrempées et glissantes. Autant faire du roller sur une patinoire.

Après ces trois jours, Je me suis dit qu'il fallait absolument que je revienne car un tel accueil allait me manquer.

Après les vvtistes crasseux, je suis parti en rapatriement chercher un homme psychotique disparu depuis plusieurs mois et retrouvé après avoir crevé les pneux de 41 voitures. Rien que cela...
A mon arrivée à la prison où il avait été placé, les gardiens ne me laissèrent pas entrer. Seuls les ambulanciers purent pénétrer dans le "bunker" pour en sortir avec un homme relativement calme mais totalement délirant. Le psychiatre venu me parler m'expliqua que le patient refusait de prendre son traitement. Comme en général tous les patients psy... Résultat, maintenant, le patient était dehors, délirant et dans "mon" ambulance. Comme il était plus ou moins calme, j'accepta de le transporter. Heureusement qu'il avait bien voulu monter dans l'ambulance, car je n'avais aucun document me permettant de le transporter contre son gré. Rien n'avait été fait en amont. Durant les 4 heures du parcours, l'infirmière et moi avons pu voir le patient lire la bible, parler à Dieu (ce qui n'est pas donné à tout le monde), faire de grands gestes et parler de façon incompréhensible. Je ne vous raconte pas le soulagement quand nous l'avons laissé au psychiatre.
C'est toujours le même problème avec les patients psychotiques en rupture de traitement, on ne sait jamais à quoi ils pensent et comment cela va évoluer. Pour peu q'une voix leur disent qu'on leur veut du mal... En plus, l'infirmière avec qui je faisais équipe venait de se faire opérer des hanches. Je la voyais bien se jeter sur le patient ou le maintenir avec ces petits bras musclés...
Allez, demain, un petit avion sanitaire pour aller chercher en Slovénie une polytraumatisée, au moins avec ces vertébrés et ces cotes fracturées, on ne risque pas grand chose...

mercredi 18 juin 2014

Grave et incurable

Alors que le procès de l'urgentiste Bonnemaison bat son plein et que resurgit le débat sur la prise en charge de la fin de vie, j'ai reçu une patiente comateuse il y a quelques jours. Suite à un accident vasculaire cérébral au cours du mois d'avril, elle avait perdu en autonomie alors qu'elle avait déjà des troubles cognitifs. Sa famille l'avait alors placée en maison de retraite dont le médecin avait augmenté la veille les doses des benzodiazépines. Et voilà, notre patiente comateuse arrivant au déchocage avec des directives anticipées demandant de ne pas la réanimer. Son état semblant être d'origine médicamenteuse, je demande à mon infirmier de lui administrer un antidote et là, au bout de 2 à 3 minutes, la patiente ouvre spontanément les yeux et nous parle. Je me dis qu'il ne suffit plus qu'à attendre qu'elle élimine ses benzodiazépines et elle pourra alors rentrer dans sa maison de retraite.

Hier, je décide de prendre des nouvelles et là, surprise : les enfants de la patiente n'ont pas compris qu'on ait administré un antidote, vu qu'ils avaient donné des directives anticipées demandant de ne pas la réanimer. Hallucinant, si ils désirent la tuer, autant utiliser l'oreiller, ce sera plus rapide. La loi Léonetti permet l'administration par les médecins de traitements anti-douleur permettant de soulager la souffrance avec pour "effet secondaire d'abréger la vie" d'un malade en "phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable". Dans le cas de ma patiente, ce n'était pas le cas : pas de traitement anti-douleur, pas de souffrance, pas de phase terminale ou d'affection grave et son coma était curable. Si il ne voulait pas qu'on la réanime, il ne fallait pas nous l'envoyer. Et les directives anticipées ne signifient pas qu'on ne doit rien faire. En général, les familles nous remercient d'aider leurs proches surtout quand cela est curable aussi facilement et aussi rapidement. Peut être qu'une assurance vie ou un héritage étaient en jeu...

Autant il nous fut facile d'aider cette patiente, autant on s'est battu ce matin pour finalement aider d'autres patients. En fin de garde : départ smur pour un accident "2 roues avec pâleur - saignement important". Cela fait longtemps que je n'avais plus fait un AVP vraiment grave.

A notre arrivée sur les lieux, je ne comprends pas l'accident. La moto est loin du motard et je ne vois pas d'autre véhicule accidenté. Il fait jour, chaud et sec. Comment s'est passé l'accident ? Les pompiers ne savent pas. J'examine le patient : visage en sang avec des plaies multiples, sang sortant de l'oreille gauche, de la bouche et du nez, inconscient, respiration lente, pouls rapide, tension très basse, déformation du bras et de la cuisse gauche. Faut qu'on fasse vite, très vite. Surtout le perfuser pour le remplir. Les pupilles ? Mydriase aréactive. Je me dis que c'est foutu... Mais ce n'est pas une raison pour ne pas faire son travail. Je donne les consignes à mon infirmier qui sait bien ce qu'il a faire et il ne va pas chômer : 2 voies veineuses, entretien de la sédation, préparation d'une pousse seringue d'amine, dosage régulier de l'hémoglobine. De mon côté, devant l'état critique, je décide d'intuber le patient. Une fois les attelles, ceinture pelvienne, collier cervical, voies veineuses mis en place, on peut filer. Trente minutes sur place : on a bien bossé ; le pouls a diminué, la saturation est bonne ainsi que le CO2 expiré, reste la tension artérielle qui est très élevée maintenant. L'état initial nous a fait demandé du sang qui est arrivé et qu'on passe tranquillement. Mais finalement, le patient répond bien au remplissage : il ne doit pas tant saigner que ça.
Une heure après être parti de notre base, on arrive au déchocage. On est dans les temps. On transmet notre patient aux réanimateurs qui à leur tour bossent à fond. Nous restons pour avoir le bilan lésionnel. Un téléphone sonne plusieurs fois dans le sac du patient, je finis par le prendre : il affiche plusieurs appels de "mon ange"... Surement sa copine... Ce n'est pas à moi de lui annoncer ce que le scanner finit par nous montrer : le cerveau est inondé de sang et le tronc cérébral est atteint... Ne restent plus que les organes à sauver pour pouvoir sauver d'autres patients...

25 ans... Fin de vie... Cette fois-ci, c'était bien "grave et incurable"...

dimanche 8 juin 2014

Avion-taxi - 2 -

Vous vous êtes blessé à l'étranger et vous avez demandé un taxi. Pas de problème, on arrive en avion.
Hier, nous sommes partis chercher une première "mamie" avec une fracture du cotyle à Vienne. Elle était tombée le dernier jour de son "raid" 2 cv en Europe de l'Est. Elle était adorable, drôle et fort sympathique. Avec 2 voitures, elle et ses amis avaient visité Sofia, Budapest,... Maintenant, avec sa fracture, elle ne pouvait se déplacer qu'à l'aide de béquilles. Aussi, alors que l'on avait prévu un matelas coquille, je ne me voyais pas l'utiliser ; cela n'aurait pas été agréable pour elle et la chaise des ambulanciers était trop large pour rentrer dans l'avion. Finalement, elle monta à reculons en s'asseyant sur les marches.
Puis, nouveau départ pour la Bavière, en Allemagne : cette fois-ci, nouvelle "mamie" avec une fracture du fémur. Un peu plus âgée que la première, un peu moins autonome également. A la place de béquilles, elle avait droit à un déambulateur. Cette fois-ci, pas possible qu'elle monte comme la première. Heureusement, l'aéroport possédait cette fois-ci une chaise rentrant dans l'avion. Et, à l'aide des ambulanciers, la patiente put s'allonger à coté de la première en moins de deux.
Et voilà, nos 2 mamies qui se mettent à discuter : de leurs problèmes de santé, de leur voyage, de leur mari. Elle se mettent à comparer les soins en Allemagne et en Autriche, la nourriture, l'accueil des hôpitaux,... Elles se sont tout de suite bien entendues. Nous, pendant ce temps là, on lisait, discutait, plaisantait, buvait du café. Tranquille, quoi... Elles ont fait la sieste le temps du retour.

Une fois en France, on déposa nos 2 mamies l'une après l'autre aux ambulanciers. Que du bonheur.

Pas loin de 5 décollages-atterrisages avec le bruit des moteurs tout du long, mais bon, on va pas se plaindre...

vendredi 6 juin 2014

Avion-taxi

Encore une semaine de dispo pour des rapat avec l'espoir de partir loin et rien, nada... Sauf demain, nous partons pour faire de l'avion-taxi. Un avion sanitaire affrété, tout équipé en matériel de réanimation, oxygène, DSA, aspi et autre avec un infirmier et un médecin des plus qualifiés (si on ne peut plus s'envoyer des fleurs maintenant...) pour aller chercher 2 personnes en Autriche et en Allemagne pour les ramener à leur domicile. Le meilleur est que ces personnes nous seront amenés directement sur le tarmac de l'aéroport et qu'une ambulance viendra les chercher au pied de l'avion dès notre retour. Notre rôle sera de les mettre dans l'avion, de les surveiller pendant le vol puis de les sortir du même avion (tant qu'à faire...). Avion-taxi, je vous dis...
En plus, les pathologies sont de la traumatologie. Pas de surveillance excessive nécessaire. Peut-être une analgésie à mettre en place.
Tranquille, quand je pense aux 24 heures qui m'attendent 2 jours après ce râpât... Cela ne sera pas la même histoire... Pas de café ni de croissant le matin, pas de plateau repas préparé, pas de revues récentes à lire (j'ai pu lire récemment aux urgences une revue de 2005 qui parlait de Whitney Houston et de Michaël Jackson : j'ai eu comme un sentiment de "Retour vers le futur"), et du patient à examiner, traiter, soigner et diriger... Alors que demain, je n'en verrais que 2, au cours de la même amplitude horaire, j'en verrais probablement 20 aux urgences. Sacré ratio...

Alors, si un jour, vous vous faites mal à un orteil (surtout le 5ème...), n'hésitez surtout pas, je viendrais vous chercher avec grand plaisir et ce sera tout confort.

lundi 2 juin 2014

Drôle de boulot

La semaine dernière, malgré 5 jours de disponible pour un éventuel rapatriement : rien... sauf... jeudi avec un départ immédiat pour 17h après un appel à 15h30. Plus qu'à rouler à donf sur l'autoroute pour rejoindre au plus vite la base pour attraper le taxi m'emmenant à la gare pour que je puisse prendre un train pour Toulouse. Arrivée tard dans la nuit, pas le temps de voir le Capitole. Après quelques heures de sommeil, les ambulanciers passent me prendre pour qu'on puisse emmener un bébé de 2 mois et sa mère (heureusement). L'enfant avait subi une intervention pour une mastoïdite et était encore traité par antibiotique. Adorable et tranquille, il a quasiment dormi durant tout le trajet. A moi de lui administrer les antibiotiques par voie intra-veineuse. J'ai pu discuter avec sa mère de 40 ans qui était passée par une fécondation in-vitro pour avoir son bébé. Et avait bien l'intention de recommencer. Hormis le peu de sommeil, ce fut assez agréable.

Par contre, le lendemain, changement de programme : trial 4 x 4 que la cadre de santé de mon service m'a demandé de médicaliser. J'ai plutôt l'habitude de m'occuper de course à pied en montagne avec des participants au top, affinés, s'entraînant depuis plusieurs mois, équipés parfois de vêtements techniques denier cri. La nourriture fournie est composée de salade, de fruits secs, de barres de céréales. L'ambiance est sereine et saine. Un trial 4 x 4 m'a fait le sentiment d'avoir basculé du côté obscur. "Athlètes" gras du bide, avec des vêtements sales, gras et à l'humour gras. En fait, tout est gras chez eux. Mais sympathiques (heureusement). Ils ne sont pas entrainés physiquement mais ont passé de longues heures sur leur machine : voitures de série, certaines améliorées, ou "proto". Evidemment, peu avait un certificat médical dument rempli. Aussi, j'ai passé la matinée à examiner les concurrents et à signer des certificats médicaux. Le repas prévu était "frites - côtes de porc grillées - tarte aux pommes". Une fois lancés, les 4 x 4 devaient franchir différents obstacles : mur en béton, souche d'arbre, fossé, tuyau. Les protos étaient impressionnants mais les voitures de série étaient plutôt pitoyables avec notamment une Fiat Panda 4 x 4 conduite par un homme de 150 kilos au volant (il faut le voir rentrer dans sa voiture...) qui s'est retrouvée bloquer dans un fossé dès la première épreuve suivie par une Lada 4 x 4 qui a, quand à elle, perdu son différentielle arrière ainsi qu'un de ses amortisseurs arrière. Du coup, intervention à nouveau de la dépanneuse. Pendant ce temps-là, la bière coulait à flots : la 11ème gratuite après 10 achetées. Cela donne une idée de la consommation moyenne. Certains étaient déjà bien cuits dès l'après-midi et j'avais l'impression qu'on était plus là pour nous occuper des ivresses aiguës que des accidents potentiels. L'un d'entre eux venait nous voir à la tente de la Croix Rouge après avoir bu pour discuter puis s'allonger pour ensuite retourner au bar au bout de 30 minutes et ainsi de suite. Quelle endurance !! Bref, ce jour ne fut que poussière, bruit et bière...

Et pour varier les plaisirs : nuit hier aux urgences. Je pus prendre le smur ce qui m'a permis d'intervenir pour une crise convulsive ne cédant pas au bout de 10 minutes. A peine arrivés, on entend beaucoup de bruit, de cris dans une maison encombrée de choses diverses et variées. On nous fait monté à l'étage où nous découvrons les pompiers patientant à l'entrée d'une chambre. Dans cette dernière, une dame allongée sur le lit, hurlant et criant en portugais avec un jeune homme et une jeune fille allongés sur elle. De crise convulsive, nous étions en fait en face d'une crise d'hystérie sous l'effet de l'alcool avec menace de défenestration de la mère qui venait d'apprendre que sa fille de 16 ans était enceinte... Superbe ambiance... D'autant qu'évidemment, elle refusait d'être transportée et moi, je ne pouvais pas prendre la responsabilité de la laisser sur place avec cette notion de tentatives de défenestration... Alors, nous n'avions plus le choix et nous allions devoir lui faire une piqure de sédatif. Subitement, elle accepte mais désire fumer avant. Bonne idée, car devant son gabarit, cela évitait aux pompiers de devoir la descendre dans l'escalier étroit. Mais à peine avait-elle descendu quelques marches qu'elle se mit à courir. Les pompiers purent la rattraper rapidement et l'emmener dans leur véhicule. Tout ça pour ça...

Quel drôle de boulot parfois...

mardi 20 mai 2014

Savoir tout sur tout

Aujourd'hui : formation en urologie dédiée aux urgentistes et réalisée par les chirurgiens urologiques. Ces derniers, d'astreinte la nuit en ont assez d'être réveillés pour des problèmes qui leur semblent banaux et qui ne nécessitent pas de les appeler. Aussi, ils nous ont formé à gérer les principales pathologies et problèmes que nous sommes amenés à rencontrer dans notre pratique. Ce fut très intéressant et le chirurgien qui faisait la présentation prenait le tout avec humour et légéreté. Il nous répétait sans cesse : "C'est facile et il ne faut pas avoir peur".
J'adore apprendre et en savoir plus. Mais voilà, les urologues nous forment en urologie, les ophtalmologues nous demandent de prendre en charge les urgences ophtalmo (sans qu'on sache utiliser et encore moins appris à utiliser une lampe à fente), les ORL ne veulent pas se déplacer même lorsque l'on fait face à une épistaxis sous AVK ou anti-agrégants ne s'arrêtant pas malgré plusieurs méchages, les gynécologues nous demandent d'examiner et de faire un toucher vaginal alors qu'ils vont le refaire après, les chirurgiens viscéraux ne comprennent pas qu'on n'incise pas les abcès même profonds, les chirurgiens orthopédistes nous demandent de réduire les fractures aux urgences,...

Bref, ce que je veux dire est que les spécialistes nous demandent tous de savoir gérer les pathologies relevant de leur spécialité que l'on peut rencontrer aux urgences. D'ailleurs, la mode chez les urgentistes, en ce moment, est de se former à l'échographie justement pour pallier au manque du radiologue la nuit (mais aussi, pour mieux apprécier un polytraumatisé sévère heureusement).

On pallie au manque de spécialiste et à leur manque de disponibilité. Les pathologies que l'on traite leur semble facile à gérer. Normal, ce sont eux, les spécialistes. Mais, nous, nous n'avons pas leur formation, leur pratique ou leur expérience. Nous ne pouvons pas savoir tout sur tout. Et chaque spécialiste nous traite comme des incapables, ne pouvant rien faire sans eux... C'est frustrant et déstabilisant. Lorsqu'une urgence vitale arrive dans leur secteur, ils font appel à nous. Il m'est arrivé d'intervenir pour un arrêt cardiaque survenu devant le chirurgien viscéral sans que ce dernier n'ait fait le moindre geste de réanimation. Je ne lui ai pas fait la remarque qu'il aurait quand même pu masser. Je ne lui demande même pas d'intuber, alors que lui-même nous demande d'inciser les abcès profonds...

Plus le temps passe et plus il faut qu'on sache gérer la base de tous les spé en plus de notre spécialité.

Serons-nous couvert si une erreur médicale survient ? Que pourra-t-on répondre quand le juge nous demandera : "Pourquoi n'avez vous pas appelé le spécialiste ?", "Etiez vous formé à faire cela ?"

Pourquoi le faisons-nous alors si c'est dangereux ? Parce que quand vous avez le patient en face de vous, vous désirez lui apporter une solution rapide...

Cela et la réunion de service du matin pendant laquelle nous avons appris qu'il nous manquait plusieurs médecins, qu'il n'y avait pas de recrutement dans l'immédiat et que les médecins smuristes allaient devoir s'occuper du tri à l'accueil et du déchocage en plus de la filière longue... Bref, tout cela me fait prendre conscience (encore une fois) qu'il vaut peut-être mieux quitter le bateau avant qu'il ne sombre définitivement.

Le plus dur est le premier pas...

lundi 19 mai 2014

To be continued

Jeudi, 24 heures aux urgences... Tranquille, pas trop de monde et pas d'urgence. La plupart des problèmes que je traite sont chroniques :

  • un traumatisme du pouce depuis un mois et demi avec des douleurs de plus en plus importantes que le médecin traitant ne sait plus comment traiter. Un interrogatoire poussé et un examen du doigt en question met en évidence un abcès collecté sous-ungéal pas visible au premier regard. Excision, évacuation, méchage...
  • des adénopathies cervicales depuis 5 mois qu'à priori, le médecin traitant banalise (selon la patiente). Que lui proposer alors qu'elle vient à 22h ? Déjà, je passe beaucoup de temps à lui expliquer "que je suis urgentiste, et que je traite (du moins j'essaye) des urgences", ensuite, un bilan qu'elle fera en externe.
Bref, on a le sentiment que si on enlevait toutes ces "urgences relatives", on ne ferait plus grand chose.

J'en ai profité pour prendre contact avec le médecin responsable de l'hospitalisation à domicile (HAD), qui m'a expliqué son travail. Permettre à un certain type de patients de bénéficier de soins et de traitements qui sont administrés habituellement en milieu hospitalier, à leur domicile. Aussi, elle prend en charge des chimiothérapies ainsi que des soins palliatifs. Elle organise le retour à domicile, prévoit tout ce qui est nécessaire pour que cela se passe au mieux : lit médicalisé, nursing, kiné, aspiration, extracteur d'oxygène. Elle m'a parlé du lien avec le patient et la famille, du suivi réalisé par les infirmières de l'HAD. C'était une des raisons pour lesquelles j'ai préféré les urgences : pas de suivi du patient, pas de prise de tête avec les familles, pas de maison de rééducation ou de retraite à trouver. Et voilà, que finalement, c'est peut-être ce que je vais retrouver. C'est surtout un moyen de quitter les urgences, de ne dépendre que de moi, d'être mon propre chef, quoi. De pouvoir organiser mon temps comme je l'entends, de ne plus faire le boulot des autres. Il y a beaucoup à faire dans mon service d'urgences, mais je me sens découragé et fatigué. Il est temps de changer, de profiter de l'occasion qui se présente à moi. Et si cela ne me plait pas, je pourrai toujours retourner aux urgences.
J'aime mon travail des urgences, mais tous les à-côtés me prennent de plus en plus la tête et changer de registre me permettra de respirer. J'ai bien envie de suivre une formation en soins palliatifs l'année prochaine également.

To be continued...

samedi 10 mai 2014

Toute vie a une fin - suite et fin... -

Parfois, on a comme l'impression que le hasard fait bien les choses. Etant encore de smur avec la même infirmière que la dernière fois, nous revoilà déclenchés à nouveau pour une "fin de vie". Même motif de départ, même adresse et donc... même patient. Connaissant déjà la situation, on préfére cette fois téléphoner au samu afin d'en savoir plus. Ce dernier a été contacté par une infirmière responsable des soins palliatifs du patient et qui demande qu'une équipe intervienne pour "soulager le patient". Me rappelant bien le patient inconscient, déshydraté, fiévreux, je demande cash au médecin régulateur : "Tu me demandes de l'achever ?". Question provocatrice et inutile, mais je ne voyais pas pourquoi on y allait sinon.
Bref, nous revoilà parti. La Lune est à son premier quartier. Toujours pas d'étoiles...
Arrivés au domicile, la famille nous reconnait et semble plus apaisée que la dernière fois, rassurée également d'avoir affaire aux mêmes personnes. Tout comme le patient dont le visage est calme. Toujours inconscient, toujours pas alimenté, mais cette fois-ci, une équipe de soins palliatifs est passée et a mis en place morphine, scopolamine, nursing, extracteur d'oxygène. J'examine à nouveau le patient et pas besoin d'être bien sorcier pour se rendre compte qu'il fait des pauses respiratoires et que la fin est manifestement très proche.
La femme nous demande si il souffre et si il ne faudrait pas lui administrer quelque chose. Son époux ne semble pas souffrir et a déjà des effets secondaires dus à la morphine. Lui injecter quoi que ce soit risquerait de "l'achever". On sent bien que ce serait plutôt l'épouse qui serait soulagée.
On prend le temps de discuter et voir le patient dans son état nous fait de la peine. Aussi, nous décidons de lui administrer en sous-cutanée un peu de morphine. Au bout de plusieurs minutes, tout est fini et je n'ai plus qu'à remplir le certificat de décès.
Après les quelques mots de convenance, nous décidons de rentrer, la famille nous remerciant infiniment.

Que penser de tout cela... Je regrette que ce patient et sa famille n'aient pas été pris en charge dans de meilleures conditions, cela est aussi le cas pour beaucoup de personne en fin de vie. Dans ce cas, la famille a été très présente et désirait que tout se passe à leur domicile, ce qui ne fut pas le cas d'une autre patiente en phase terminale d'un cancer, amenée par une ambulance dans la même journée sur la demande de sa famille qui ne désirait pas qu'elle décède chez elle, dans son lit. Ce qui se passa au déchocage sur un brancard entouré de personnes qui ne la connaissaient pas depuis plus de 30 minutes.

Il parait que l'HAD de mon hôpital recherche un médecin et aimerait développer les soins palliatifs. Une piste à creuser peut-être...

mercredi 7 mai 2014

Toute vie a une fin, mais tout dépend de la fin...

Alors qu'une fois que j'avais enfin fait ma part de boulot aux urgences (vider toute la filière rapide et la pédiatrie), alors que je n'aspirais qu'à m'étendre vu que 2 heures du matin venait de passer et qu'un rapatriement m'attendait dés mes 24 heures finis, voilà que le bip annonciateur d'une sortie SMUR et surtout d'une possible nuit blanche, retentit. Autant l'entendre en journée me satisfait. C'est le bruit d'une sortie, de la possibilité de faire quelque chose d'intéressant, de prendre l'air... Autant l'entendre la nuit me déplaît. Cela signifie potentiellement alcoolisme, agression. Tout est plus difficile la nuit : joindre un spé, trouver une place, appeler la famille... D'autant qu'une fois ramené à l'hôpital, il faut continuer à gérer le patient ce qui peut prendre plusieurs heures. Donc autant dire qu'une seule sortie en nuit peut suffire pour passer une nuit blanche. Le lendemain s'annonce alors bien plus difficile.
Nous voilà partis dans le véhicule en plein milieu de la nuit. La lune est à son premier croissant. Pas d'étoile... Je prends la fiche et lis : "fin de vie"... Cela me fait toujours un drôle de sentiment : "fin de vie" et SMUR sont 2 mots qui ne vont pas ensemble. Dans l'acronyme SMUR, il y a le "R" qui signifie "réanimation". Et ce qui est sur est que je ne vais pas réanimer une "fin de vie". Donc, soit le SAMU nous envoie pour un problème aigu à régler chez une personne mourante soit il va falloir gérer cette "fin de vie" (je vous laisse deviner ce que cela sous-entend). Dans tous les cas, le plus difficile n'est jamais le patient, mais la famille. A t'elle été mise au courant de la décision de soins palliatifs mis en place, est-elle prête à affronter cette fin de vie et donc la mort chez eux ? Il nous faudra répondre à leurs multiples questions, leur angoisse, leur peur, les rassurer, leur expliquer notre rôle, la limitation des soins que l'on pourra pratiquer. Heureusement, cette nuit, nous constituons une bonne équipe avec la meilleure infirmière que j'ai jamais vu dans un service d'urgence. Je sais qu'elle saura écouter, m'appuyer sans me contredire, intervenir quand cela sera nécessaire sans faire doublon. Je pourra compter sur son expérience et sa connaissance des réseaux locaux.
En gros, cela devrait bien de passer, car même si techniquement ce n'est pas compliqué de gérer une telle situation, c'est le stress de la famille qu'il est difficile à gérer.
Une fois sur les lieux : je regarde comme d'habitude le quartier, le terrain, la maison. Le nom et le prénom du patient sonne hollandais. La maison est contemporaine et grande. Donc, quelqu'un de fortuné, donc potentiellement un certain niveau d'éducation donc famille potentiellement cortiquée donc explications mieux comprises. Un pompier nous attend. Je me présente. "Le chef d'agrés va tout vous expliquer". Bon, à priori, les pompiers sont désarmés. Pas étonnant, comme nous, ils sont formés à réanimer alors une "fin de vie", ils ne peuvent pas comprendre et encore moins agir. L'intérieur de la maison est simple et le mobilier contemporain. Ce n'est pas du premier prix, ça se voit tout de suite. Une dame typée s'avance vers moi. Je me présente. Elle m'amène auprès d'un homme allongée dans un lit médicalisé installé dans le salon. Une femme plus âgée ressemblant à la première est là : sûrement sa mère ainsi que 2 adolescents à la peau claire qui ne parlent qu'anglais : sûrement les enfants du patient venus voir leur père agonisant.
Je commence par écouter longuement la femme. Elle m'explique tout : le mélanome, la découverte des métastases hépatiques puis pulmonaires et cérébrales, les interventions, la chimiothérapie et la radiothérapie, puis la dernière hospitalisation à Genève et la décision de ne plus rien faire. Mais bon, voilà, il vous faut bien continuer à s'occuper du patient... Ils ont décidé d'un retour à domicile mais n'ont pas trouvé de médecin généraliste voulant s'en occuper. Rien d'étonnant à cela, ils ne sont pas formés à cela, eux non plus. Et voilà la famille devant faire face à la dégradation de l'état général du patient : perte de l'alimentation, trouble de conscience puis coma et ce soir, convulsions. "Va t'il mourir ?". Que répondre à cela ?
Après avoir écouter la famille, je m'occupe du patient : il geint, il doit souffrir... Pas de morphine dans son traitement. Il est déshydraté, pas de perfusion sous cutanée. Son tee-shirt est trempé, il respire mal et ça crépite à droite : il a du inhalé quand la famille a tenté de le nourrir et le voilà avec une pneumonie. Il est par ailleurs inconscient et paralysé à gauche. La palpation de l'abdomen le fait grimacer.
Le pauvre, c'est pas une vie et encore moins une fin de vie.
Mon constat est terrible et il y a tellement à faire.
Avec l'infirmière, on leur explique qu'on est là pour les aider et qu'on va faire ce que l'on peut. On leur explique qu'ils doivent prendre contact avec l'HAD, on administre de la morphine et prescrit un patch anti-douleur, on téléphone à la pharmacie de garde pour lui expliquer ce dont la famille a besoin. On leur donne toutes les coordonnées.
On a pris notre temps pour bien expliquer les choses et s'assurer qu'elles étaient bien comprises. Avant de partir, la jeune fille m'a parlé en anglais. C'est vrai qu'elle n'a sûrement rien compris à ce qui s'est passé. Je m'assois à côté d'elle et lui explique dans mon anglais approximatif ce que je pense de son père.
Puis nous sommes rentrés. Peu de temps après, nous sommes allés chercher un homme de 88 ans ayant fait un arrêt cardiaque récupéré...
C'est parfois bizarres les missions SMUR : entre l'un jeune, mourant à qui l'on ne fait rien et le vieux, mort qu'on s'obstine à réanimer...

mercredi 30 avril 2014

Tranquille

Alors que tout est tranquille en ce moment, c'est à dire que je n'ai fait aucun rapatriement en 3 semaines (dingue, personne ne se blesse ou tombe malade en vacances ??), enfin, on m'appelle pour un rapatriement sanitaire pour aujourd'hui. Yes, enfin, en plus en avion sanitaire avec une infirmière avec qui j'adore travailler et discuter. Cette dernière fonctionne un peu comme quoi, sans se prendre la tête avec des choses inutiles et en étant cash avec le patient ou les différentes équipes médicales que l'on rencontre. Alors que l'on nous demande souvent de prendre beaucoup de matériel (toujours au cas où...), on a tendance à s'alléger et à prendre surtout ce dont on aura besoin au cours de la mission. Bref, tout s'organise tranquillement. Cette fois-ci, le patient est âgé de 94 ans et est actuellement en Algérie. Notre mission (qu'on a accepté) est de le ramener à son domicile.
J'ai trouvé bizarre qu'un homme très âgé hospitalisé pour une altération de l'état général rentre directement à son domicile sans passer par un centre de court ou moyen séjour... Bon, surement qu'il n'avait rien de grave... Enfin, quand même, il a 94 ans, doit bien avoir quelques antécédents, ne doit pas être en pleine forme et en général, une hospitalisation a tendance à grabatiser.
Pour pouvoir y aller, il me fallait m'occuper de la baby-sitter, du rangement de la maison, de penser au repas du midi...
Et voilà, qu'alors que tout était prévu, on m'appelle dans la soirée pour me dire que la mission est annulée car le patient est décédé...

J'ai trouvé cela énorme qu'un patient devant rentrer le lendemain chez lui... décède... De toute façon, cela devait bien lui arriver, à 94 ans... et cela n'est pas trop prévisible. Mais je ne peux m'empêcher de penser qu'à chaque fois que l'on va chercher un patient en Algérie, ce n'est jamais simple. D'autant que l'on ne peut pas pénétrer dans le pays. Nous devons rester sur le tarmac et le patient nous est amené par une ambulance et par un personnel ne connaissant pas le patient. Poser des questions ne sert à rien et souvent le dossier est très succinct avec peu d'examens complémentaires. A ce stade, il est difficile de laisser le patient et il faut bien faire avec ce que l'on a. C'est pourquoi on emmène toujours beaucoup de matériel.

Une fois, je suis parti pour aller chercher un patient âgé ayant fait un AVC. L'assistance m'avait affirmé qu'il était conscient et en voie de récupération de son hémiplégie. Une fois sur place, l'ambulance nous a amené un patient déshydraté, fiévreux, aphasique et ne répondant pas aux ordres simples. En plus, le patient n'avait pas été changé et sa couche était pleine... Incroyable de devoir s'en occuper sur le tarmac : l'essuyer, le changer, le perfuser, le remplir... Donc, forcément, maintenant, on a bien compris que le patient ne correspondra pas au bilan. Et du coup, faut dire que cette fois-ci, ils ont fait fort...

Bref, ce n'est pas encore cette fois que je ferais un rapatriement.