mercredi 2 octobre 2013

Pan, t'es mort

Un jour pendant mes longues études de médecine, le professeur a demandé à l'ensemble de l'amphithéâtre composé de jeunes cons futurs médecins qui avaient déjà vu un mort, un cadavre, un macchabée quoi. Un silence envahit d'emblée la salle puis quelques doigts se levèrent.
Mince, me suis je alors dit, je veux être médecin et je ne sais même pas comment je réagirais devant un mort...
Sur le coup, mes certitudes sur mon désir en mon futur métier s'ebranlérent. Si cela se trouve, je passais tout ce temps sur les bancs de la faculté pour me retrouver incapable d'exercer mon métier.

L'instant fatidique arriva lors des TP de dissection. Chaque étudiant devait disséquer une zone précise du corps humain.
On m'attribua la cuisse. Cool, ai je pensé, je n'ai qu'à ne pas regarder le visage et à rester concentré sur ma cuisse pour ne pas être dégouté.
En bref, je repoussais le moment...
En fin de TP, j'ai fini par lever la tête de ma belle cuisse bien découpée avec visualisation des artères, nerfs, veines et muscles et ai décidé de savoir à qui appartenait ce membre (respect tout de même à celui qui avait donné son corps à la science). Et là : j'ai vu une tête qui avait servi peu de temps après sa mort à de jeunes internes en chirurgie maxillo-facial : une grande partie du visage avait été incisée puis recousue ce qui lui donnait l'aspect de Frankestein après un match de boxe contre Mike Tyson : bardée de sutures, œdèmatiée avec de multiples hématomes. L'horreur... Jamais vu pire dans tous les films de genre que j'ai pu voir...
Depuis, j'ai eu mon lot.
J'ai vu suffisamment de gens rendre leurs derniers souffles. La première fois, je m'en rappellerais toujours : jeune interne de garde, une infirmière d'un service m'appela pour un patient en insuffisance cardiaque. En entrant dans la chambre, j'ai trouvé un patient inconscient ayant des difficultés respiratoires avec sa fille présente à ses côtés. Le temps de demander conseil par téléphone au médecin d'astreinte, quand je revins les voir, sa fille pleurait et j'ai pu voir nettement le patient prendre une grande inspiration puis expirer pour la dernière fois. C'était irréel : cela m'a tout de suite fait penser aux films dans lesquels les acteurs respirent profondément avant de mourir.
Depuis, j'ai vu des gens morts par ingestion de médicaments, par inhalation de nourriture ou de vomi, par pendaison, par pistolet, fusil, pistolet d'alarme, par couteau suite à un suicide ou par agression, d'autres par accident : en voiture, moto, vélo ou simple piéton, en randonnée, en ski, en parapente, en se noyant, certains par maladie : insuffisance respiratoire ou cardiaque, cancer, inhalation.
Mais, je ne pense pas encore avoir fait le tour de toutes les façons de mourir (par exemple, je n'ai pas encore fait un décès par choc avec un train. À priori, c'est les morts les plus longs que l'on peut avoir à déclarer : 150 mètres en moyenne), mais cela a développé en moi le sentiment de pouvoir mourir à chaque instant (car la très grande proportion des décès que j'ai constaté ne s'y attendaient pas) et un certain humour noir (pas apprécié à sa juste valeur selon moi...) qui m'a rendu un brin cynique.
Bref, alors qu'au début, j'appréhendais de voir des cadavres, j'ai l'impression maintenant d'être devenu un catalogue de toutes les différentes façons de mourir. Et cela n'est pas facile à placer en société ni vraiment apprécié (à sa juste valeur) en soirée. Dommage, car j'ai plein d'anecdotes croustillantes...

jeudi 26 septembre 2013

Je rêve éveillé

Ce jour, je fais l'aller-retour sur Paris pour passer le DIU de maladies tropicales. Je me demande bien quel parasite ils vont nous donner : leishmaniose, trypanosomiase, ou plutôt sûrement un bon vieux palu.
Quelle idée de passer un tel examen quand on exerce en France métropolitaine ?? Ben oui, mais j'adore voyager et étudier les maladies tropicales permet d'associer mon métier à ma passion des voyages et puis j'ai toujours bon espoir de faire autre chose que des urgences et notamment de la médecine humanitaire et pourquoi partir exercer dans un autre pays... Qui sait ? Le pied serait de travailler pour une agence comme Terre d'Aventures, Allibert ou Terawa. Mais ils ne prennent pas de médecin. Tant pis, ils préfèrent alors des correspondants locaux. Ce serait quand bien de partir faire un trek de 2 semaines dans les Annapurnas tant en soignant les participants.
J'ai pense aussi faire de la médecine d'expédition, mais faut partir longtemps et les places sont chères.
Bon, faut que je révise surtout...

lundi 16 septembre 2013

Jeune et conne

Récemment, lors d'une garde : une patiente de 16 ans s'est présentée pour un problème médical. Je ne me rappelle plus lequel, mais le sujet n'est pas là.
Ce qui m'a surpris fut quand je lui annonce que l'on va lui faire une radio, elle me réponde : "je suis peut être enceinte".
Seize ans et enceinte ?? Peut être un accident, peut être un oubli de pilule...

"Quelle est la date de tes dernières règles ?", m'informais-je,
"Il y a 2 semaines"

A priori, y a comme un problème : comment peut-on supposer être enceinte sans avoir de retard ? Pourquoi pense-t-elle être enceinte ?
Je commence soft :

"- Tu as des rapports (question conne, je sais mais faut bien commencer par quelque chose)
  - Oui
  - Non protégés ?
  - Oui"

Mais elle veut être enceinte ou quoi. Bref, elle cherche la merde ?

"- Mais tu risques d'être d'enceinte ?
  - Je sais
  - Tu veux un bébé ?
  - Oui
  - Tu travailles ?
  - Non
  - Tu es à l'école ?
  - Non
  - Ton copain veut aussi un bébé ?
  - Non"

Donc je récapitule : une fille de 16 ans sans avenir sans formation sans argent et bientôt sans copain veut un bébé... Pourquoi ?

"- Pourquoi tu veux un bébé ?
  - Parce que j'en ai envie"

Mais bien sur, je suis bête. C'est tellement cool et fun d'avoir un bébé à changer, nourrir, habiller, laver 24 heures sur 24 à 16 ans que j'aurai du y penser avant...
Je commence doucement à lui faire la morale (c'est vrai que je pourrais être son père)

" - Mais faudra que tu t'en occupes, que tu changes, lui donnes à manger. Tu ne pourras plus sortir voir tes copines.
  - De toute façon, je n'ai pas de copines"

Bref, j'ai en face de moi une fille paumée sans avenir qui cherche un moyen de remplir sa vie... Et de se compliquer encore plus sa vie et celle du gamin si elle arrive à en avoir un...

J'ai continué ensuite à lui expliquer en quoi consistait la vie de mère. Elle est partie avec un traitement pour son problème médical et depuis j'espère qu'elle a renoncé à son projet.
Peut être suis je prétentieux de penser qu'elle ne saura pas s'occuper d'un bébé.  C'est juste que j'ai eu le sentiment qu'elle désirait un enfant pour combler le vide de sa vie...

dimanche 8 septembre 2013

"C'est bon, c'est bon"

Décidément, faire un rapatriement au Maroc n'est pas de tout repos. Cela me fait penser à la Turquie.
La semaine dernière, départ en avion sanitaire pour une petite de 8 ans pesant 13 kgs (et oui, 13 kgs, y a pas d'erreur de frappe) et ayant une insuffisance respiratoire restrictive et obstructive décompensée, intubée, sous amines. Pas simple, quand l'infirmière et moi avons lu le compte-rendu médical avant de partir, on avait qu'une envie : faire demi-tour...
Arrivée à l'hôpital devant le service de réanimation : pas de possibilité de rentrer. "Faut attendre"... Attendre, quoi ? Bon, attendons...

Au bout d'une demi-heure, enfin nous pouvons ainsi que sa mère approcher la petite. Mais pas question de s'en occuper ni de commencer à faire le transfert... Il faut d'abord que la facturation soit réglée... Donc que la mère aligne les billets. Déjà à l'arrivée de l'hôpital, selon ce que la mère nous a raconté, il lui a fallu donner environ 4 000 dirham avant que les médecins s'occupent de sa fille en détresse respiratoire... En France, ce serait de la non assistance à personne en danger...
Une fois le règlement effectué, nous avons pu commencer à nous occuper de la patiente : mise sur notre respirateur avec quelques difficultés lors des réglages (en volume ou en pression, VAC ou VS-AI ?...), transfert des pousses-seringues, mobilisation, aspiration trachéale,...

Et voilà qu'au moment de partir, une doctoresse arrive nous parlant de biologie sans même un bonjour ou une présentation. Heureusement, nous avions eu un peu avant un bilan fait par le pédiatre de garde. Mais il nous manquait le dossier et le compte-rendu médical. J'en informe le médecin qui alors m'explique que rien ne peut sortir du service et que le compte-rendu n'est pas prêt, qu'elle doit le taper... Le taper ?!?? Mais le transfert était prévu depuis 2 jours et cela fait déjà plus de 2 heures qu'on est dans ce service. Quand je pense que les IDE n'arrêtaient pas de nous dire : "C'est bon, c'est bon", "Tout est prêt"...
Bref, pas de compte-rendu si on n'attend pas 15 minutes que le docteur écrive son rapport et pas de possibilité d'avoir biologie ou radios. Elle m'a même proposé de prendre en photo l'antibiogramme avec mon iphone... Où va-t'on ?

Ne pouvant faire attendre plus longtemps notre avion, nous décidons de partir avant que le docteur ne finisse...

Mais bon, une fois en France, j'ai un message de l'assistance sur mon répondeur m'expliquant qu'un professeur marocain exige des excuses de la part de l'équipe médicale venu chercher la patiente... Décidément, mais où va-t'on ? J'ai du frustrer l'égo d'un pauvre médecin marocain. Elle s'en remettra, j'en suis sur...

jeudi 15 août 2013

Pas simple de quitter les urgences

Il y a quelques jours, j'étais à une soirée de départ de 2 infirmières des urgences.
Dix ans d'urgence : des infirmières respectées, expérimentées, ayant vécu toutes sortes de situations drôles, cocasses, heureuses ou tristes aux urgences et en smur.
Et à les voir à cette soirée, cela semble difficile de quitter les urgences.
Quand un nouveau arrive aux urgences, on se rend compte assez rapidement si il est "fait" pour les urgences. Ceux ou celles qui ne sont pas "faits" pour, ne reste en général pas longtemps : quelques mois voire un an pour les plus courageux. Pour les autres, c'est parti pour plusieurs années. Mais, pourtant, dans les services d'urgence, il n'y a pas beaucoup de vieilles ou de vieux infirmier(e)s : une ou 2 seulement ont une expérience longue d'une dizaine d'année. La plupart font 5 à 8 ans puis partent. Du coup, il y a toujours de jeunes infirmières à former, à "surveiller"
Les médecins urgentistes âgés ne sont pas légion non plus : ceux qui restent diminuent leur temps de travail pour faire plus de travail administratif ou une autre activité. Continuer à faire des nuits à hauteur de 2 à 3 par semaine à plus de 45 - 50 ans est difficile : il faut plus de temps pour récupérer et une lassitude et un épuisement moral s'installent.
Bref, les 2 infirmières avaient le sentiment d'avoir "fait leur temps" aux urgences : arrivée peu de temps après l'obtention de leur diplôme, elles avaient appris leur métier d'infirmière des urgences progressivement, à faire équipe avec médecin et ambulancier en smur, à gérer les urgences vitales, et avec leur expérience, étaient devenues formatrices auprès des jeunes infirmières et au sein du CESU (Centre d'Enseignement des Soins d'Urgence). Tout cela fait que sur certaines situations, elles en venaient à en savoir presque plus que certains médecins (je préfère écrire "presque" pour ne pas vexer certaines susceptibilités). Ainsi, apparait avec le temps le sentiment que la prise en charge n'est pas aussi optimale avec certains médecins qu'avec d'autres (j'dis ça mais j'dis rien)...

Bref, elles ont eu droit à la douche, au plâtre, et à la vidéo d'adieu avec les pleurs et les sanglots qui vont avec. C'était émouvant, comme un nouveau départ, comme lorsque quelqu'un part d'une famille pour voler de ses propres ailes.

Pas simple de quitter les urgences...

Un IDE libérale me disait récemment qu'il était parti depuis 7 ans et que cela faisait seulement 1 an et demi qu'il n'avait plus de pincement au coeur en voyant passer le smur.

samedi 3 août 2013

A la carte

Retour aux urgences il y a 2 jours pour 36 heures d'affilée (erreur de planning, j'aurai pas du changer ces 24h, mais bon tant pis). Je suis de smur. Comme cela, je fais de la filière rapide : traumatisme de cheville => radio => cassé : plâtre, pas cassé => attelle. C'est basique. Pas besoin de réfléchir. Je pose mon cerveau à l'entrée avant de commencer comme cela, il se fatigue pas trop.
Mais, il faut un certain temps d'adaptation et se rappeler que rien n'a changé hélas.

" - Je viens car je porte des lunettes depuis 5 ans et cela fait 2 - 3 mois que je vois flou en fin de journée." => et la monture, vous la voulez de quelle couleur ?

" - Est-ce que mon arrêt de travail pourrait commencer dans 2 semaines ?" => bien sur et pour Noël, je vous mets une ou 2 semaines ?

" - Je me suis fait mal à la cheville en Thaïlande il y a 3 semaines et je voudrais bien savoir ce que j'ai avant de prendre l'avion ce soir pour le Portugal" => ce serait dommage d'attendre encore quelques semaines

" - Je suis allergique au Doliprane alors je ne prends que du Dafalgan" => dois je lui dire que c'est la même molécule ??

" - Un mois de plâtre ?? Je préférerais 2 semaines. C'est quand même mieux, non ?" => à quoi on sert, si les gens font ce qu'ils veuillent ?

" - Vous voulez quelque chose pour la douleur ?  - Non, mais je veux bien un café ?" => Et l'addition après ?

Alors que je donne les ordonnances à une patiente : "Quoi ? C'est tout. Je n'ai pas même eu de café !!" => mince, j'ai oublié de mettre mon tablier...

Pas besoin de cerveau, je vous dis... Car effectivement, les gens font bien ce qu'ils veulent. Il suffit de faire ce qu'ils demandent.

samedi 27 juillet 2013

Fès

C'est fou comme des personnes peuvent être différentes en fonction de leur pays. J'étais en début de semaine en Thaïlande : sourire quelque soit les circonstances, salutations les mains jointes et inclinaison du tronc, toujours à nous demander si cela va ou a été bien. On se sent bien considéré. Les infirmières sont présentes, nous donnent dossier épais, traitement complet, nous accompagnent jusqu'à l'aéroport.
Puis 2 jours après, départ pour le Maroc, Fès. En exagérant à peine, je pourrais dire que c'est l'exact opposé : pas de sourire, une espèce de nonchalance générale associée à une lenteur dans la moindre de mes demandes. Les infirmières ne font que le minimum : dossier incomplet, pas de traitement préparé, patiente pas prête (pas changée, pas habillée). Elles partent s'allonger alors que l'on s'occupe de la patiente, mettent du temps à réaliser le moindre geste. On comprend alors mieux l'état du service : serpillière trainant dans un coin d'une pièce qui doit être la salle de soins, chariot de soins sale et pas rangé... Bref, faut que je ramène cette patiente en France, sinon je ne donne pas chère de sa peau. La pauvre, 92 ans, amaigrie, déshydratée, petite, sourde et parlant mal le français. La veille, le médecin que je rencontre m'assure qu'elle marche (condition sine qua non pour que je puisse la ramener en avion de ligne en place assise : il est nécessaire qu'elle puisse marcher du fauteuil à son siège). La voyant fatiguée allongée sur le côté, je n'ai pas voulu l'ennuyer et j'ai fait confiance au médecin qui présentait bien. Le jour du départ, je rencontre la famille que j'avais raté de peu la veille qui m'assure qu'elle ne se déplace plus... Un essai me montre même qu'elle ne tient plus sur ses jambes. Pas de retour possible. Je maudis ce p... de médecin de mes 2 et m'en veux de m'avoir pas vérifié la veille. Le bilan fait à l'assistance était trop beau pour être vrai pour une personne de 92 ans.
Du coup, pas le choix : appel de l'assistance, annulation du vol, et essai d'un avion sanitaire le lendemain avec moi comme médecin. Pas le choix, il ne me reste plus qu'à passer une nuit de plus à Fès. Après Bangkok et Fès, j'aurai préféré rentrer au plus tôt me reposer...
J'accepte : c'est le jeu, ma pauvre Lucette. J'avais qu'à m'assurer de son état plus tôt.
Par contre, pas question de retourner dans mon hôtel décrépie de la veille (qui fut surement un hôtel luxueux il y a 50 ans, mais hélas, l'absence de rénovation et le temps n'ont pas arrangé les choses) et quitte à rester, autant que ce soit dans le meilleur hôtel de la ville. Aussi, ne me démontant pas, je demande aux ambulanciers de me conduire dans le meilleur hôtel de la ville. Et je ne fus pas déçu : à l'entrée de la médina, hall somptueux, chambre avec enfin de l'air conditionné, propre et monstre piscine :


Hélas, je ne pus pas tant que ça en profiter : l'assistance a réussi à dépêcher un avion sanitaire dans l'après-midi pour nous ramener en France. Tant pis, j'ai au moins pu visiter la médina :




mercredi 24 juillet 2013

Rapatriement au pluriel

Je devais médicaliser une course ou un salon hippique du côté de Bourges pendant une semaine à partir du 20 juillet : 10 heures par jour pendant 8 jours. La boite avec laquelle je travaille n'ayant pas eu le contrat, je me retrouvais dispo. Je me suis dit que j'allais essayer de voir si côté rapatriement, il était intéressant de donner des disponibilités longues dans l'espoir de pouvoir partir longtemps et donc loin. Et là, bingo, rapatriement pour Bangkok avec une amie infirmière. En classe affaires aller et retour car le patient est valide. Avec à peu près 2 jours sur place pour soi. Trop bien !!
Le patient a été brulé gravement il y a au moins 2 semaines et quand nous sommes allés le voir, il n'avait plus de pansement. Trop facile. Sans avoir d'à priori, il était une caricature vivante des occidentaux venant en Thaïlande pour trouver "l'amour" : gros, cheveux gras, moche, avec la critique facile sur la Thaïlande et les thaïlandais, et évidemment en couple avec une thaïlandaise. Au cours de son hospitalisation, il a perdu 10 kilos et n'en pèse "plus que" 110. Ma collègue l'encourage : "faudrait passer sous la barre des 100" alors qu'un peu plus tard, le patient sort avec nous pour aller manger un kebab... Y a du boulot...
On a vu beaucoup de couples mixtes dans les rues de Bangkok : jeunes ou vieux en couple avec une jeune thaïlandaise. Certains couples avec des enfants. A mon avis, chacun doit y trouver son compte, mais on ne peut pas s'empêcher de trouver cela un brin malsain.
Bref, c'était bien sympa de passer 2 jours à Bangkok pour une journée de boulot d'autant que nous étions bien logés dans un hôtel avec piscine, salle de sport et monstrueux buffet au petit déjeuner. On en a profité pour aller diner à l'hôtel Intercontinental : encore une fois monstrueux buffet.

Après ces 4 jours de dur labeur, un jour de repos et nouveau départ demain pour le Maroc récupérer une personne âgée pour la ramener chez elle.

Le problème est qu'en général on doit partir tôt avec des réveils vers les 4 - 5 heures pour ensuite enchaîner les vols et les transferts dans différents aéroports avec contrôle d'identité et des sacs régulièrement. Ce rythme est assez épuisant mine de rien. Et devoir expliquer (comme on l'a fait à Amsterdam) en anglais à quoi sert un laryngoscope est assez difficile mais on est vite récompensé par leur mine dégoutée une fois que les douaniers ont compris. Le premier à avoir compris a mimé avec notre laryngoscope le geste pour ces collègues et on les voyait les uns après les autres faire une grimace de dégout. Excellent !!! Sinon, évidemment une fois le sac médical ouvert avec le tensiomètre, les différents solutés, les différentes ampoules, les sondes d'intubation ou naso-gastrique : les policiers ne savent plus quoi faire : tout contrôler et y passer des heures ? Interdire les solutés au risque d'être responsable si le moindre problème médical survient lors du vol ? Ainsi, après un bref coup d'oeil, ils nous demandent de tout remballer. En général, je prends un malin plaisir à prendre mon temps pour tout ranger comme il faut et refermer le sac. Et inutile de pester... Fallait y penser avant, gros béta !!!

lundi 15 juillet 2013

Attention, on arrive !!!

La réaction des usagers de la route lorsqu'ils entendent un véhicule de secours est dans la plupart des cas très déconcertante.
C'est grisant de partir en intervention : girophares allumés, "2 tons", GPS avec le son bien fort nous donnant la direction, ambulancier concentré et tendu afin d'aller vite sans pour autant créer d'accident.
On aimerait que les gens nous entendent de loin, mettent leur clignotant, se rangent sur le côté dés qu'ils le peuvent et s'arrêtent avec les feux de détresse.
Bizarrement, cela ne se fait pas dans cette suite logique.
La plupart du temps, on se rend compte qu'ils nous ont captés une fois que l'on peut lire les plus petits caractères de leur plaque d'immatriculation (généralement, le nom du garage où a été acheté la voiture. Cela me fait une belle jambe de le savoir !!). Et là, c'est le moment le plus risible et le plus triste à la fois : on peut voir dans leur rétro la surprise, la panique et l'angoisse se dessiner sur leurs visages. Mais non, nous ne sommes pas des policiers ou des gendarmes !!! Mais trop tard, ils freinent... nous obligeant à freiner à notre tour perdant notre vitesse et le peu de temps que l'on avait gagné... (pourvu que le patient ne soit pas dans un état grave... En cas d'ACR, j'évalue tout de suite les pertes de chance...). À ce moment, je sens l'ambulancier se contracter, ruminer une sombre vengeance, voire jeter un sort sur le pauvre automobiliste qui ne sait plus quoi faire ni à quel saint se vouer : dois-je m'arrêter pour laisser passer ? Oui, mais en général, ils décident de s'arrêter dans un virage ou entre un trottoir et le terre-plein central nous laissant aucune chance de dépasser... Dois-je me rabattre sur la gauche ?!? Oui, je vous assure, certains ont ce choix malheureux. Bien sur, dans la panique, ils oublient de mettre le clignotant nous laissant dans l'incompréhension la plus totale. L'ambulancier aurait aimé dépasser : mais par la droite, c'est dangereux avec le risque que l'autre ne décide de changer d'avis... Alors, il n'ose pas, hésite, mesure les risques... Dois-je me rabattre sur la droite ? Oui, mais pas dans un virage et surtout, faut qu'on ait la place de passer !!!
Le plus drôle est d'intervenir en ville et de voir des gens en 4 * 4 ne pas oser monter sur un trottoir.

Au feu rouge, c'est un autre problème : aucun véhicule n'ose dépasser le feu, alors ils avancent d'un mètre. Evidemment, on ne passe pas. Ils avancent d'un nouveau mètre. On ne passe toujours pas. Et ça continue jusqu'à qu'on puisse les doubler. Et pourtant il n'y a encore aucun radar de feu rouge dans notre secteur.
Les radars de vitesse sont un autre problème. Pour éviter de la paperasse et des explications avec preuve à l'appui auprès des autorités, l'ambulancier est obligé de freiner et de ne pas passer au dessus la vitesse autorisée à l'approche d'un radar avec le sentiment de perdre du temps pour... rien.

Parfois, on tombe sur une auto-école et on espère pour le conducteur qu'il ne passe à ce moment son examen.

Si on pouvait leur enseigner comment réagir face à un véhicule de secours...

lundi 8 juillet 2013

Boire ou conduire, faut choisir, d'accord, mais faut bien rentrer chez soi...

Samedi soir, un soir comme tous les autres samedi soir... Mais là, faut croire que c'était "open bar" dans un des bistrots du coin ou qu'il y avait des promos sur l'alcool dans l'un des supermarchés du coin ou que finalement tous les alcooliques avaient décidé d'organiser un symposium dans l'un des services d'urgence du coin... à savoir le notre !!!
On a eu quelques signes prémonitoires, comme dans un mauvais film d'horreur. Le premier patient en état d'ébriété est arrivé vers 15h, le suivant vers 17h. C'était bien tôt, mais quand on est alcoolique, y a pas d'heure pour éviter le manque... Mais ils étaient bien, bien alcoolisé...

Le pire est arrivé vers 22h - 23h avec des alcooliques chroniques en état d'ébriété :
  -  le plus "romantique" ("j'sui poète !!") : un homme présentait une fracture et nécessitait l'avis de l'orthopédiste. Vu son état, il valait mieux attendre le matin, mais évidemment, il s'est réveillé vers 1h30 et ne comprenait pas qu'il devait attendre et que de toute façon il ne pouvait rentrer tout seul chez lui et que de toute façon il ne connaissait personne pour venir le chercher ("J'sui poète. J'sui seul !!"). Bref, il a fugué...
  -  le plus triste : une dame de 35 ans amené par les pompiers avec sa fille de 7 ans. La mère à 4g35, avec quelques troubles de conscience et la fille nous expliquant : "maman va faire dodo. Faut lui mettre une couverture pour pas qu'elle ait froid". Triste de voir la fille s'occuper de sa mère, de la border, alors que ce devrait être l'inverse. A priori, cela ne devait pas être la première fois...
  -  le plus pitoyable : une femme amenée par des ambulanciers pour une toux datant d'une semaine. Son fils de 15 ans avait appelé le Samu car sa mère avait bu. Elle avait accepté d'être transporté à condition qu'on la raméne. Or, quand elle a su qu'on n'appellerait aucune ambulance pour la ramener chez elle, elle s'est énervée, a commencé à nous insulter et nous dire qu'elle allait rentrer à pied et que si il lui arrivait quoi que ce soit, ce serait le Samu qui en serait responsable... Bref, elle a fugué...

Tout cela ajouté à plusieurs jeunes alcoolisés amenés suite à un AVP impliquant 3 véhicules légers... On s'est retrouvé le dimanche matin avec 6 personnes en train de décuver (ce n'est pas beaucoup, au final, mais comme certains sont rentrés chez eux)...

Quel beau boulot nous faisons...