vendredi 15 août 2014

Nouvelle-Zélande ? Pourquoi pas ?

Et voilà, enfin... Depuis 6 mois que je n'avais pas fait de long courrier, j'ai reçu un appel aujourd'hui pour partir en Nouvelle-Zélande le 22 août. Arrivée sur place le 23 au soir pour un retour dès le 24 en soirée. Arrivée en France le 26 dans la nuit. Passage par Singapour à l'aller. Juste le pied...

Cela va me changer de l'ambulance. Yyeeeaahhhh !!!!

Par contre, retour en classe éco avec une patiente paraplégique en civière. Sous CPAP la nuit. On va avoir du boulot au retour. Mais faut quand même travailler un peu, ce ne sont pas des vacances tout de même.

Je dis juste : "Yyyeeaaahhhh".

Les yeux dans les yeux

On sent bien que c'est les vacances en ce moment. Je n'arrête pas d'enchainer les rapatriements  et les journées à l'hôpital. Faut dire qu'avec ce temps, il n'y a pas grand chose d'autre à faire finalement.

Maintenant que j'ai décidé de changer de service, voilà que j'enchaine les urgences et les smurs intéressants. De quoi presque me faire changer d'avis.

Ainsi, ce jeune homme amené par des ambulanciers pour des douleurs aux membres inférieurs. Sa couleur très pâle incite l'infirmier d'accueil à faire un hémocue : 5g. Allez : admission direct au déchocage. Je l'avais entr'aperçu et je m'étais dit la même chose. En l'examinant, je remarque des œdèmes diffus, au visage, aux mains et aux pieds avec des hématomes dans les zones déclives : déficit probable en protides et en plaquettes ou un trouble de la coagulation. Il est amaigri et supporte très bien son anémie profonde, signe qu'elle doit être très ancienne. Je pense initialement à une insuffisance hépatique, conséquence d'un éthylisme chronique.

" - Vous buvez de l'alcool pendant les repas ?
  - Non, j'ai arrêté il y a plusieurs années."

Mauvaise pioche.

Je remarque que nous avons le même âge et je ne peux m'empêcher de le lui faire remarquer.

" - On a le même âge et regardez, on n'est pas dans le même état. Il y a quelque chose qui ne va pas."

Je sais, ce n'est pas très sympa, mais parfois, je ne peux pas m'empêcher d'être cynique.

Je décide de le transfuser et d'attendre le bilan pour y voir plus clair. Plus tard, son bilan ne m'apporte rien hormis la confirmation de son anémie et d'un déficit en albumine. Son foie et ses reins fonctionnent. Mince, mais qu'est ce qui a entrainé un tel état ? Il est fébrile, mais je ne retrouve aucun point d'appel à une infection. Vu le monde aux urgences, je temporise. La transfusion lui a fait du bien : ses œdèmes ont légèrement diminué et il a repris quelques couleurs. L'infectiologue passant par là, je lui demande son avis. On réfléchit ensemble et au vu du bilan, me parle d'un déficit en vitamine qui pourrait expliquer son anémie. Je retourne alors voir mon patient et lui demande comment il vit.

" - Je suis sous curatelle (il est psychotique et a dépensé un moment beaucoup d'argent ce qui a motivé sa mise sous tutelle)
  - Et vous mangez quoi ?
  - Des pâtes. Je ne mange que des pâtes..."

Et là, bingo. Tout s'explique. Il est juste carencé en tout : protéines, vitamines,... ce qui explique son état qui est apparu progressivement. C'est quand même fou de devenir comme cela. Décidément, il y a toujours des situations nouvelles

Evidemment, il n'est pas le seul à être mal. Les ambulanciers nous amènent également un homme somnolent. Il est adressé par son médecin traitant pour décompensation respiratoire. On a peu de données et son état est critique : comateux, cyanosé des lèvres et des extrémités. Il va falloir prendre une décision rapide. L'infirmier d'accueil m'évoque avec un demi-sourire l'intubation. Je ne sais pas pourquoi, mais à voir le patient, je me dis qu'il est comateux à cause de l'hypercapnie et qu'il doit donc être un insuffisant respiratoire. L'intubation n'est pas forcément conseillée. Il faut que j'en sache plus. Je le mets d'abord sous ventilation non invasive, demande un bilan biologique et radiologique. Par chance, il est suivi dans mon centre hospitalier. Je prends du temps pour me pencher sur son dossier. Il est bien insuffisant respiratoire sous 7l/min d'oxygène la journée et sous VNI la nuit. Il a donc déjà un traitement optimal et est en bout de course. Il a également déjà été hospitalisé en réanimation et son dernier passage dans l'unité se termine par cette phrase : "il serait licite que ce patient ne retourne pas en réanimation". Tout est dit. Une chose est sure : il ne faut absolument pas que je l'intube. Car en plus de me faire "engueuler" par les réanimateurs, ce ne serait pas un service à rendre au patient, car on ne pourrait probablement pas le sevrer du respirateur. Mais maintenant, il n'est pas vraiment amélioré par la VNI et les aérosols et je ne sais plus quoi faire. Je suis quand même contraint d'appeler les réas, ne serait ce que pour confirmer la limitation des soins. Le spécialiste confirme mon diagnostic et ne voit pas non plus ce que l'on va pouvoir faire de plus. Cela ne me rassure pas et je n'ai toujours pas trouvé de place où hospitaliser mon patient toujours dans un état critique. Passons aux pneumologues. Je les appelle. Ils connaissent bien le patient et acceptent de le prendre en charge en me disant que de toute façon, il va mourir.

" - As tu prévenu sa famille ?
  - Non, pas encore...
  - Faut que tu les appelles et tu leur parles de son état
  - Ok, je leur dit qu'il est pas bien
  - Non, non, tu leur dis qu'il va mourir
  - ..."

Bien sur, je ne le connais que depuis quelques heures et c'est à moi, un parfait inconnu à annoncer à sa famille sa mort et au téléphone en plus. Bien sur, je ne l'ai pas fait. On ne peut pas et ne doit pas procéder comme cela. J'ai parlé de son état critique et de la nécessiter de venir rapidement... C'est aux spécialistes d'annoncer l'issue inévitable et cela les yeux dans les yeux !!!

mardi 5 août 2014

Faut pas se plaindre

La semaine dernière, j'ai enchainé 5 rapatriements et cette semaine, il a suffi de 24h aux urgences pour que je me sente naze.

Ce qui est dommage en ce moment est que je ne fais que de l'ambulance (en rapatriement j'entends), pas de vol long courrier. Quelques retours en avion après avoir déposé le patient heureusement, histoire de profiter du salon air france, de grappiller quelques miles sur ma carte flying blue gold (rien que ça, mais plus pour très longtemps si je ne fais pas un long courrier cette année).

Au moins, j'ai fait quelques rencontres intéressantes : alors qu'un patient était assez ennuyeux, les ambulancières étaient agréables et surprenantes : la jeune était musicienne, joueuse d'alto (équivalent à un violon, mais sur le coup, je n'ai pas osé demander) et désirait devenir luthier (c'est pas commun). Elle m'a longuement expliqué que le concours d'accès à l'école était difficile et qu'elle avait décidé de tenter sa chance à l'étranger mais il lui fallait pour cela de l'argent, donc un métier sans formation longue, donc ambulancière. Elle m'expliquait comment un violon se fabrique, quel bois utiliser, le temps de séchage, les différentes pièces à réaliser... Cela peut sembler ennuyeux, mais elle était passionnée et c'était captivant de l'entendre parler de sa passion. Fabriquer des violons, c'est pas commun... La plus âgée des ambulancières avait été garde-malade pour une dame très riche mais surtout très dépressive qui passait ses journées à se morfondre sur elle-même tout en continuant à brasser de l'argent. Cela avait été difficile pour l'ambulancière de subir cet état dépressif et ne pas arriver à faire quoi que ce soit tout en voyant la famille tourner autour comme des rapaces. Elle avait préféré partir au bout de 2 ans malgré un bon salaire et quelques avantages.

Si vous trouvez vos enfants pénibles, lisez la suite. J'ai transporté un enfant de 5 ans sur qui le sort s'acharne. A peine né qu'il a du être opéré d'une transposition des gros vaisseaux avec sténose de l'artère pulmonaire. Dans les suites opératoires, les cardiologues ont du l'équiper d'un pacemaker à 6 mois de vie. Deux ans plus tard, découverte d'une surdité bilatérale puis d'une anosmie et enfin d'une hypermétropie. Le voici ainsi à 5 ans équipé de lunettes, d'appareils auditifs et d'un pacemaker. Comme un petit vieux... Pauvre petit bonhomme. Il fallait qu'il rentre chez lui après que les médecins ait diagnostiqué une trombe-phlébite cérébrale après qu'il ait fait une crise convulsive. Ainsi, il se retrouvait en plus sous anti-coagulant... Vraiment comme un petit vieux, quoi. Evidemment, il y a surement une maladie orpheline derrière ou une anomalie génétique. Mais la mère qui nous accompagnait m'a précisé que pour l'instant rien n'avait été retrouvé et que le généticien qui suivait son fils continuait à chercher. Heureusement, le petit ne souffrait d'aucun retard mental et poursuivait une scolarité normale. Sa mère était gentille mais ne cédait pas à ses moindres caprices et essayait de positiver : elle me disait que cela pourrait être pire et qu'elle avait vu un enfant souffrant d'une malformation de sa moelle épinière l'empêchant de se déplacer. Il était condamné à vivre dans un fauteuil roulant. Même pas sur qu'il puisse le manoeuvrer tout seul.
Pendant le trajet, j'ai pris le temps de lire son dossier. Les médecins qui avaient pris en charge son fils ont pris le temps de contacter le généticien qui a alors évoqué un CACH syndrome. Ce dernier conduit au décès du malade au bout de quelques années. Si le généticien avait vu juste, le petit qui était à côté de moi était condamné et a priori, la mère n'en savait rien... Effectivement, cela paraissait difficile de le lui dire. Fallait-il le faire car elle a le droit de tout savoir sur l'état de santé de son enfant et pour qu'elle puisse en profiter pleinement mais au risque que l'enfant n'ait pas une enfance normale ou ne rien dire pour que la famille puisse mener une vie "normale" et se battre pour lui ? C'est tout le problème de l'annonce de ces maladies incurables... Le garçon lui, avait l'habitude d'aller et de vivre à l'hôpital entouré continuellement de personnes en blouse blanche.

Je trouve que de telles rencontres permettent de relativiser et de se rendre compte que finalement on n'est pas si à plaindre...

jeudi 24 juillet 2014

Finalement, mieux vaut avoir les pieds sur terre...

Je suis en plein milieu de mes vacances que j'ai décidé d'utiliser pour les rapatriements. Donner une longue période de disponibilité permet au cas où, de partir loin, mais hélas, rien. A la rigueur, vu les accidents d'avion en ce moment (3 en une semaine), il faut peut-être mieux rester en France faire de l'ambulance. En plus, les 3 accidents se sont produits sur 3 continents différents et hormis Taïwan, les 2 autres auraient pu correspondre à des rapatriements.

Bon, j'ai quand même pu aller à Bruxelles la semaine dernière avec une soirée passée sur place (nuit passée au Crowne Plaza, ce qui ne gache rien) et visite de la Grande Place, du Manneken pis, et consommation de bières, de bières, et de bières...  On a quand même mangé un peu, histoire d'éponger tout cela et avec la nourriture belge, vous pouvez en éponger. Ceci explique peut-être cela...

Quelques jours plus tard, je suis retourné dans le nord, cette fois pour aller à Lille avec consommation de plats locaux sur la grande place : frites, welsh, tourte au Maroilles, croquette de vieux Lille, galette de pommes de terre aux oignons... La délicatesse et la légèreté de la nourriture ch'ti n'a rien à envier à la belge...

Bon, quand même, malgré tout, vivement un long-courrier...

dimanche 13 juillet 2014

Le gentleman du déménagement

Au moins, je peux enchaîner les rapatriements sans problème. Jeudi, après avoir travaillé à l'hôpital, je peux pour aller chercher un patient dans un camping pour le ramener en région parisienne à son domicile. L'homme avait ne maladie de l'oreillette, entrainant une arythmie cardiaque et préférait que ce soit l'hôpital proche de son domicile qui l'équipe d'un pacemaker. Pas très intéressant, ancien peintre en bâtiment, il était bourré de convictions et discuter avec lui ne servait à rien d'autant que j'ai l'impression qu'il avait quelques problèmes de mémoire.
A moins, le lendemain, j'ai pu discuter avec un autre patient qui avait fait une insuffisance cardiaque. Retraité, il avait travaillé dans une société de déménagement en tant que directeur d'agence. Sa "boîte" basée à Paris s'occupait du déménagement des ambassades, donc de personnes disposant d'un porte-feuille bien garni. Il m'a ainsi raconté des déménagements qui ont duré environ 2 ans et nécessité des camions à température réglable pour transporter les manteaux de fourrure de madame l'ambassadeur ou des tableaux de monsieur. Il m'a aussi rapporté qu'un contre-maître après s'être occupé d'un déménagement long et difficile avait obtenu une voiture neuve comme pourboire... Bref, il avait plein d'anecdotes que je n'aurais pas cru possible et qui nous ont occupé pendant tout le trajet. Il était cultivé et c'était un plaisir de l'entendre parler de sa région d'adoption. Tranquille, quoi...

Puis, ce jour, pour changer, petite médicalisation d'une course VTT. C'est tellement plus simple et agréable, notamment cela permet de manger en restaurant d'altitude entre 2 descentes. Tranquille, je vous dis...

samedi 12 juillet 2014

Décider de tout arrêter

J'étais intervenu en smur il y a une dizaine de jours sur un arrêt cardio-respiratoire récupéré par les pompiers après un choc. Porteuse d'une myopathie entrainant une insuffisance respiratoire, cette femme de 40 ans était arrivée à bout de souffle au cabinet d'un médecin qui avait rapidement appelé les secours. Alors que le coeur était reparti, elle n'avait pas encore récupéré connaissance. Une fois arrivés et après avoir pris connaissance du dossier, nous avions alors décidé d'intuber, de la mettre sous respirateur, de la sédater pour enfin la transporter en réanimation après être passé au scanner. Au final, la patiente avait présenté un arrêt cardiaque d'origine hypoxique suite à sa myopathie. C'est pourquoi son coeur était reparti aussi "facilement".
J'ai pris récemment de ses nouvelles. Elle s'est réveillée sans séquelles et a été laissée longtemps sous respirateur, car elle n'arrivait pas à se sevrer du respirateur jusqu'à qu'elle s'extube tout seul. Elle fut alors mise sous ventilation non invasive. Pour qu'elle puisse sortir du service, les réas lui ont proposé une trachéotomie. Elle a préféré refuser malgré l'instance de son mari. Le service a lors pris contact avec le samu, le service d'hospitalisation à domicile pour éviter une prochaine réanimation si un arrêt respiratoire se reproduisait. Cela fait bizarre de déprogrammer la réanimation ce qui va conduire inéluctablement vers la mort. C'est contre notre formation et notre "éthique". Mais cela se comprend au vu de la maladie de la patiente. Cette dernière lutte depuis de nombreuses années contre sa maladie qui évolue malgré tous ses efforts. Elle a probablement compris qu'elle ne gagnerait pas et accepté sa fin. Ce n'est pas qu'elle désire mourir, elle est résigné à perdre. Cela demande aussi beaucoup de courage.

J'espère juste que je ne serais pas celui qui décidera de ne rien faire...

lundi 7 juillet 2014

Une solution pour l'urgentiste et vite

Samedi fut une journée rassemblant tout ce que l'on peut vivre de pire aux urgences.
Pourtant, tout avait bien commencé : l'habituel patient en état d'ébriété était rentré chez lui. La matinée s'annonçait calme, ce qui me permettait de trouver une solution à une femme venue du Congo Zaïre par bateau puis en voiture, sans papiers et ne sachant pas où aller. J'ai téléphoné à une dizaine d'association : croix rouge, secours catholique, secours populaire, samu social, mais en fin de journée, la voyant toujours prostrée sur son brancard et sans solution d'hébergement trouvée, j'ai du l'hospitaliser en UHCD. Difficile de la laisser partir au milieu des champs. Comme quoi, il doit me rester une once d'humanité. Nous avions reçu aussi la classique personne âgée démente et grabataire en fin de vie pour une altération de l'état général (à croire que son état n'était pas encore assez altéré) qui avait été admise en salle de déchocage (fallait bien cela).

Et puis voilà, arrive une patiente ayant été opérée par les urologues il y a 2 semaines pour un prolapsus et qui saigne. Je ne suis pas chirurgien, ce n'est pas moi qui l'ait opéré, je ne sais pas vraiment quoi faire. Alors j'appelle le spécialiste. Evidemment, un samedi, il est d'astreinte et ne désire pas passer son samedi aux urgences (et nous, alors ?). Après quelques échanges, il me dit que je n'ai qu'à tamponner. Je lui précise que je ne fais pas cela et il me rétorque que je n'ai qu'à apprendre mon métier. Voilà, ça a commencé par cela. Faut que j'apprenne mon métier. Et ben mon métier, je le connais, sédater, intuber, drainer, réduire des fractures ou des luxations, traiter un infarctus et tout état de choc. Par contre, je ne sais pas opérer et encore moins faire le "service après vente" de la chirurgie... Au final, j'ai bien été obligé de trouver une solution : j'ai relevé mes manches et fait ce que j'ai pu : en faisant mal à la patiente, j'ai placé quelques compresses sur ce que je croyais être l'origine du saignement. Evidemment, cela n'a pas marché (cela aurait été trop simple). Alors, j'ai contacté la gynécologue qui a accepté de m'aider.

J'ai eu aussi la chance de m'occuper de la femme venant pour une douleur pelvienne depuis... quelques semaines, mais là évidemment "c'est pire". Enfin, venant pour une douleur pelvienne, elle vient surtout pour une échographie. Alors quand je lui explique qu'il faut qu'on fasse des examens, elle préfère partir. Drôle de conception des urgences...

Plus tard, le monde arrivant, le temps d'attente s'allongeant, les soignants courant sans prendre de pause, la tension monte. Un jeune homme seul dans son box d'examen interpelle toutes les personnes passant et leur demande si on ne l'a pas appelé. Je me renseigne, retourne le voir et lui dit que quelqu'un va venir. Comme je vois qu'aucun médecin ne s'est pas encore "cliqué" dessus, je m'y "colle". Et voilà, qu'apparait dans l'office médicale, ce jeune patient venant pour fièvre, apostrophant les infirmières. Je viens le voir et lui explique calmement de retourner dans son box et que j'arrivais. Quelques secondes après qu'il soit parti, je n'ai pas pu m'empêcher de commenter "il n'a pas l'air si malade"... Et voila, ce fameux "malade" revenant en furie après m'avoir entendu, pour m'insulter et finalement me donner un coup au visage. A ce moment, toute l'équipe médicale et paramédicale nous sépare. Lui continue à m'insulter. Je reste relativement calme. Après quelques minutes, le patient repart dans son box. Et moi, bizarrement, je décide d'aller le voir. Pourquoi ? Je ne sais pas. D'habitude, je suis le premier à dire que nous ne sommes pas là pour se faire insulter, encore moins frapper. Son geste ne m'a pas surpris. Et lui même ne s'est pas senti dans l'obligation de s'excuser. Même seul avec lui et après avoir bien insisté sur le fait qu'il m'avait agressé physiquement, il trouvait normal de frapper un médecin. Au final, il a décidé de partir sans que j'ai pu finir mon examen. Quand je pense que je suis allé le voir et que j'ai même commencé à l'examiner... Je lui ai dit que j'allais porter plainte. Faudrait le faire, mais faire une entrée puis un certificat de coups et blessures ainsi qu'une déclaration d'accident de travail puis poser une plainte au commissariat, bref tout cela me semble trop long et surtout à rien. Enfin, pas tout à fait, mais je sais que cela ne changera rien pour moi. Et pourtant, je suis le premier à déclamer haut et fort qu'il faut qu'on se fasse respecter. C'est quand même dingue de devoir en arriver là. Les gens n'ont plus de respect pour le temps qu'on leur consacre. D'autant que l'on essaye de voir le maximum de patients sans prendre de pause au risque de faire une erreur. Par la suite, j'ai continué mon travail comme si rien ne s'était passé, parce que tout cela devait forcément arriver un jour. Heureusement, l'équipe médicale et para-médicale est venue me voir pour me réconforter, car mine de rien, cela fait bizarre d'être adressé, nous ne sommes pas préparés à cela.

Ainsi, ce jour m'a montré clairement la position des urgences : entre les patients d'un côté insatisfaits et à qui il faut rapidement trouvé une solution et les spécialistes qui ne comprennent pas qu'on ne connaisse pas leur travail. Et pour nous, est ce que quelqu'un a une solution ?

lundi 30 juin 2014

Les affaires reprennent

Ce week-end, des stations de montagne avaient regroupé leurs parcours vtt pour en créer un immense. Beaucoup de moyens de secours était mobilisé : des secouristes, des pompiers équipés de motos, quad et de véhicule de secours ainsi qu'un hélicoptère médicalisé. Pour la première fois, les organisateurs avaient décidé après une mésaventure l'année dernière d'embaucher un médecin qui s'occuperait de réguler conjointement avec le COS les différents secours et leurs destinations que ce soient le domicile, les cabinets médicaux ou les centres hospitaliers de secteur.

Pour ces 3 jours, le PC sécurité était situé dans un centre de pompier de l'une des stations. Et me voici, arrivant vendredi tôt le matin pour découvrir les lieux et ces habitants. Je fus alors reçu par le chef du centre : 1m80 de haut et quasiment autant de circonférence. Souriant, accueillant, agréable. Les autres pompiers étaient bâtis selon le même modèle : grand et plutôt portés sur l'embonpoint. Hélas, les quelques femmes pompiers présentes avaient le même gabarit en moins prononcé.
Le premier matin, j'avais beaucoup à faire : comprendre le parcours, connaître les différents moyens et leurs localisations, prendre contact avec le médecin de l'hélico et les médecins locaux.
Peu de temps après, j'ai compris le secret de "leurs formes" : à 9h, ils se mirent tous autour de la table et se mirent à sortir du frigo rillettes, jambon, fromage et vin rouge ou rosé au choix... J'étais impressionné par leur "endurance", car fallait voir le repas du midi : un jour brochettes, le lendemain côtes de boeuf grillées, avec toujours vin rouge ou rosé. Le soir, ils sortaient alors les bouteilles de Crémant et au cas où cela n'était pas à mon gout, je pouvais prendre de la bière ou continuer au rouge. Bref, j'avais mis le pied chez des bons vivants. Le premier soir, après plusieurs verres de crémant (je n'arrivais jamais à finir mon verre. On me le remplissait dès qu'il était à moitié vide), je découvris mon hôtel qui avait comme pensionnaires ce soir-là des alsaciens qui tournaient eux à la vodka gingembre, que je fus invité à boire. Puis, repas avec apéritif, vin, et génépi pour finir. Si j'avais su, je me serais entrainé avant, car 3 jours à ce rythme, mon foie ne tiendrait pas.

Question secours, après plusieurs années de régulation, c'était facile d'organiser les moyens à envoyer. Les cyclistes se faisaient principalement des traumatismes du poignet ou de l'épaule. Hormis le second jour, pendant laquelle plusieurs se firent des traumatismes crâniens dont un sévère qui nécessita un transfert sur un centre de neuro-chrirugie et mobilisa l'hélicoptère pendant quelques heures. Le troizième, ce fut encore plus facile. A cause du mauvais temps, plusieurs remontées mécaniques furent fermées et peu de cyclistes prirent le départ. J'avais du mal à imaginer le plaisir qu'ils pouvaient prendre sous la pluie et dans le brouillard sur des routes détrempées et glissantes. Autant faire du roller sur une patinoire.

Après ces trois jours, Je me suis dit qu'il fallait absolument que je revienne car un tel accueil allait me manquer.

Après les vvtistes crasseux, je suis parti en rapatriement chercher un homme psychotique disparu depuis plusieurs mois et retrouvé après avoir crevé les pneux de 41 voitures. Rien que cela...
A mon arrivée à la prison où il avait été placé, les gardiens ne me laissèrent pas entrer. Seuls les ambulanciers purent pénétrer dans le "bunker" pour en sortir avec un homme relativement calme mais totalement délirant. Le psychiatre venu me parler m'expliqua que le patient refusait de prendre son traitement. Comme en général tous les patients psy... Résultat, maintenant, le patient était dehors, délirant et dans "mon" ambulance. Comme il était plus ou moins calme, j'accepta de le transporter. Heureusement qu'il avait bien voulu monter dans l'ambulance, car je n'avais aucun document me permettant de le transporter contre son gré. Rien n'avait été fait en amont. Durant les 4 heures du parcours, l'infirmière et moi avons pu voir le patient lire la bible, parler à Dieu (ce qui n'est pas donné à tout le monde), faire de grands gestes et parler de façon incompréhensible. Je ne vous raconte pas le soulagement quand nous l'avons laissé au psychiatre.
C'est toujours le même problème avec les patients psychotiques en rupture de traitement, on ne sait jamais à quoi ils pensent et comment cela va évoluer. Pour peu q'une voix leur disent qu'on leur veut du mal... En plus, l'infirmière avec qui je faisais équipe venait de se faire opérer des hanches. Je la voyais bien se jeter sur le patient ou le maintenir avec ces petits bras musclés...
Allez, demain, un petit avion sanitaire pour aller chercher en Slovénie une polytraumatisée, au moins avec ces vertébrés et ces cotes fracturées, on ne risque pas grand chose...

mercredi 18 juin 2014

Grave et incurable

Alors que le procès de l'urgentiste Bonnemaison bat son plein et que resurgit le débat sur la prise en charge de la fin de vie, j'ai reçu une patiente comateuse il y a quelques jours. Suite à un accident vasculaire cérébral au cours du mois d'avril, elle avait perdu en autonomie alors qu'elle avait déjà des troubles cognitifs. Sa famille l'avait alors placée en maison de retraite dont le médecin avait augmenté la veille les doses des benzodiazépines. Et voilà, notre patiente comateuse arrivant au déchocage avec des directives anticipées demandant de ne pas la réanimer. Son état semblant être d'origine médicamenteuse, je demande à mon infirmier de lui administrer un antidote et là, au bout de 2 à 3 minutes, la patiente ouvre spontanément les yeux et nous parle. Je me dis qu'il ne suffit plus qu'à attendre qu'elle élimine ses benzodiazépines et elle pourra alors rentrer dans sa maison de retraite.

Hier, je décide de prendre des nouvelles et là, surprise : les enfants de la patiente n'ont pas compris qu'on ait administré un antidote, vu qu'ils avaient donné des directives anticipées demandant de ne pas la réanimer. Hallucinant, si ils désirent la tuer, autant utiliser l'oreiller, ce sera plus rapide. La loi Léonetti permet l'administration par les médecins de traitements anti-douleur permettant de soulager la souffrance avec pour "effet secondaire d'abréger la vie" d'un malade en "phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable". Dans le cas de ma patiente, ce n'était pas le cas : pas de traitement anti-douleur, pas de souffrance, pas de phase terminale ou d'affection grave et son coma était curable. Si il ne voulait pas qu'on la réanime, il ne fallait pas nous l'envoyer. Et les directives anticipées ne signifient pas qu'on ne doit rien faire. En général, les familles nous remercient d'aider leurs proches surtout quand cela est curable aussi facilement et aussi rapidement. Peut être qu'une assurance vie ou un héritage étaient en jeu...

Autant il nous fut facile d'aider cette patiente, autant on s'est battu ce matin pour finalement aider d'autres patients. En fin de garde : départ smur pour un accident "2 roues avec pâleur - saignement important". Cela fait longtemps que je n'avais plus fait un AVP vraiment grave.

A notre arrivée sur les lieux, je ne comprends pas l'accident. La moto est loin du motard et je ne vois pas d'autre véhicule accidenté. Il fait jour, chaud et sec. Comment s'est passé l'accident ? Les pompiers ne savent pas. J'examine le patient : visage en sang avec des plaies multiples, sang sortant de l'oreille gauche, de la bouche et du nez, inconscient, respiration lente, pouls rapide, tension très basse, déformation du bras et de la cuisse gauche. Faut qu'on fasse vite, très vite. Surtout le perfuser pour le remplir. Les pupilles ? Mydriase aréactive. Je me dis que c'est foutu... Mais ce n'est pas une raison pour ne pas faire son travail. Je donne les consignes à mon infirmier qui sait bien ce qu'il a faire et il ne va pas chômer : 2 voies veineuses, entretien de la sédation, préparation d'une pousse seringue d'amine, dosage régulier de l'hémoglobine. De mon côté, devant l'état critique, je décide d'intuber le patient. Une fois les attelles, ceinture pelvienne, collier cervical, voies veineuses mis en place, on peut filer. Trente minutes sur place : on a bien bossé ; le pouls a diminué, la saturation est bonne ainsi que le CO2 expiré, reste la tension artérielle qui est très élevée maintenant. L'état initial nous a fait demandé du sang qui est arrivé et qu'on passe tranquillement. Mais finalement, le patient répond bien au remplissage : il ne doit pas tant saigner que ça.
Une heure après être parti de notre base, on arrive au déchocage. On est dans les temps. On transmet notre patient aux réanimateurs qui à leur tour bossent à fond. Nous restons pour avoir le bilan lésionnel. Un téléphone sonne plusieurs fois dans le sac du patient, je finis par le prendre : il affiche plusieurs appels de "mon ange"... Surement sa copine... Ce n'est pas à moi de lui annoncer ce que le scanner finit par nous montrer : le cerveau est inondé de sang et le tronc cérébral est atteint... Ne restent plus que les organes à sauver pour pouvoir sauver d'autres patients...

25 ans... Fin de vie... Cette fois-ci, c'était bien "grave et incurable"...

dimanche 8 juin 2014

Avion-taxi - 2 -

Vous vous êtes blessé à l'étranger et vous avez demandé un taxi. Pas de problème, on arrive en avion.
Hier, nous sommes partis chercher une première "mamie" avec une fracture du cotyle à Vienne. Elle était tombée le dernier jour de son "raid" 2 cv en Europe de l'Est. Elle était adorable, drôle et fort sympathique. Avec 2 voitures, elle et ses amis avaient visité Sofia, Budapest,... Maintenant, avec sa fracture, elle ne pouvait se déplacer qu'à l'aide de béquilles. Aussi, alors que l'on avait prévu un matelas coquille, je ne me voyais pas l'utiliser ; cela n'aurait pas été agréable pour elle et la chaise des ambulanciers était trop large pour rentrer dans l'avion. Finalement, elle monta à reculons en s'asseyant sur les marches.
Puis, nouveau départ pour la Bavière, en Allemagne : cette fois-ci, nouvelle "mamie" avec une fracture du fémur. Un peu plus âgée que la première, un peu moins autonome également. A la place de béquilles, elle avait droit à un déambulateur. Cette fois-ci, pas possible qu'elle monte comme la première. Heureusement, l'aéroport possédait cette fois-ci une chaise rentrant dans l'avion. Et, à l'aide des ambulanciers, la patiente put s'allonger à coté de la première en moins de deux.
Et voilà, nos 2 mamies qui se mettent à discuter : de leurs problèmes de santé, de leur voyage, de leur mari. Elle se mettent à comparer les soins en Allemagne et en Autriche, la nourriture, l'accueil des hôpitaux,... Elles se sont tout de suite bien entendues. Nous, pendant ce temps là, on lisait, discutait, plaisantait, buvait du café. Tranquille, quoi... Elles ont fait la sieste le temps du retour.

Une fois en France, on déposa nos 2 mamies l'une après l'autre aux ambulanciers. Que du bonheur.

Pas loin de 5 décollages-atterrisages avec le bruit des moteurs tout du long, mais bon, on va pas se plaindre...